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Assises du bilinguisme : 5 points à retenir

Les Assises du bilinguisme tenues en grande pompe ce 28 juin 2022 dans l’hôtel de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) déboucheront-elles -enfin- sur du concret ? On peut l’espérer, voyons cela ensemble en complément de notre premier article sur le déroulé de la journée.

assises du bilinguisme alsace affiche

La CeA exerce ses compétences et s’affirme sur le bilinguisme

On l’a souvent entendu pendant la campagne de la consultation citoyenne, aussi bien de la part d’élus que de citoyens pro-Grand Est: avant de réclamer plus de compétences (celles de la région), la CeA ferait mieux d’exercer celles que la loi de 2019 lui a données, en premier lieu sur le bilinguisme.

Et bien voilà, c’est fait. Après avoir maillé le territoire avec un « ambassadeur » du bilinguisme par canton, le président de la CeA Frédéric Bierry passe à l’action avec ces Assises du bilinguisme qui résonnent comme un « top départ ». Et on y trouve plusieurs mesures concrètes à mettre en place dans les mois et année à venir.

Etude sociolinguistique sur la pratique de l’alsacien et de l’allemand en Alsace

Pascale Schmidiger et Nicolas Matt, tous deux vice-présidents de la CeA, ont présenté en ouverture des travaux une étude réalisée par téléphone par l’institut mulhousien Decryptis auprès de 4001 personnes de plus de dix-huit ans.

Premier résultat : 46% des sondés déclarent savoir parler alsacien (« assez bien » à « très bien »), 54% savoir parler allemand. Beau résultat, qui montrerait en particulier selon Nicolas Matt que notre dialecte n’a pas reculé depuis la dernière étude sociolinguistique en 2012 (43% de dialectophones). On en doutera, les vieilles générations qui disparaissent étant largement plus bilingues que les nouvelles, ce n’est un secret pour personne. Parions plutôt sur des différences de méthodes et de questionnaires entre les deux études qui expliquent probablement cette apparente stabilité.

L’étude confirme aussi le fossé, l’abîme entre les générations : 70% des 55 ans et plus parlent (« très bien » ou « assez bien ») l’alsacien, contre 9% (dont 3% « très bien ») des moins de 25 ans… On le savait, mais le constat est toujours aussi terrifiant : la transmission familiale de l’alsacien n’existe plus. Il faut donc « faire du bouche-à-bouche » au dialecte pour le sauver, à l’école et dans l’espace public comme on le détaille ci-dessous. Parmi les dialectophones, 84% l’ont appris de leurs parents, 77% des grands-parents et 50% à travers des amis.  Et 73% l’utilisent en priorité avec leurs amis (« toujours », « souvent », occasionnellement »). L’alsacien est vraiment la langue de la convivialité. L’allemand au contraire s’apprend à 87% à l’école, 32% avec la TV et la radio et 26% au travail.

Et la vraie bonne nouvelle de l’étude : une très large majorité d’Alsaciens (73%) souhaite qu’on en fasse plus pour promouvoir l’alsacien. Sont « tout à fait » favorables à son enseignement à l’école 54% des sondés, 29% y sont « plutôt » favorables, seuls 17% sont contre. Remarquons que l’allemand bénéficie de chiffres encore plus favorables : 79% « tout à fait » pour son enseignement, 16% « plutôt », et seulement 5% contre. Certes, on est ici dans le déclaratif, dans les bonnes intentions, mais cela indique au moins un « désir de langue régionale » sur lequel on peut bâtir un autre futur.

Mais alors que ces assises du bilinguisme ont réaffirmé la langue régionale comme comprenant les dialectes (l’alsacien) à l’oral et l’allemand (hochdeutsch) à l’écrit, suivant la définition du recteur Deyon de 1982, les Alsaciens semblent avoir une autre vision. 73% considèrent le seul alsacien comme langue régionale, et 15% seulement citent l’alsacien et l’allemand. De quoi raviver le débat sur quel bilinguisme mettre en place à l’écrit, comme nous avons pu le constater plus tard dans la matinée lors des discussions en atelier « signalétique dans l’espace public ».

Le recteur de l’académie de Strasbourg Olivier Faron participe aux Assises du bilinguisme

La bonne volonté affichée par le nouveau recteur de l’académie Olivier Faron est une vraie bonne nouvelle. Et il est resté sur place la journée débattre en atelier bien après son adresse de la matinée.

« Le bilinguisme est au cœur du projet de l’académie qui sera présenté à l’automne » a déclaré d’entrée de jeu Olivier Faron. Et il a promis l’ouverture de quatre parcours immersifs (deux dans le Bas-Rhin, deux dans le Haut-Rhin) à la rentrée 2023 dans l’école publique ! Du progrès par rapport aux assises précédentes (2013) où le recteur de l’époque parlait d’enseignement paritaire français-allemand.

affiche speed job dating profs allemand

Il s’est par ailleurs félicité de l’ouverture du lycée franco-allemand de Strasbourg (deuxième en France après celui des Yvelines), des sommes engagées par l’Education nationale sur ce terrain (15 millions d’euros dans le 1er degré et 8 millions d’euros au collège).  

Olivier Faron voudrait aussi « construire un récit pour rendre l’allemand plus sexy ». Car le recrutement de profs d’allemand est de plus en plus difficile : au Capes d’allemand, face aux 75 postes ouverts dans le Bas-Rhin, il n’y a eu que 20 admissibles ; pour la France entière, ce sont 83 admissibles pour 215 postes… Pas étonnant que l’académie de Strasbourg se soit lancée récemment dans du « speed dating » pour compenser ce manque, et aurait enregistré une centaine de candidatures à cette occasion.

Globalement, comme nous le disait un ancien combattant du bilinguisme, « il faudra juger sur les actes, les bonnes paroles on connait… »

Visibilité du bilinguisme dans l’espace public

Enjeu important pour redresser l’image de la langue régionale socialement, lui donner une légitimité, l’affichage bilingue dans l’espace public a été encore peu investi par la CeA. Celle-ci subventionne néanmoins jusqu’à 80% du coût des panneaux de rue bilingues dans les communes rappelle L’atelier consacré à ce sujet a permis de voir quelques réalisations… et de mesurer les freins particuliers à l’Alsace sur ce sujet. A Niederschaeffolsheim, la municipalité passe au bilinguisme quand on change de plaques dans la rue, et recherche des noms historiques pour redonner du sens aux rues des lotissements : Ackerweg plutôt que rue des pinsons par exemple.

assises bilinguisme signalétique bilingue Mulhouse

Patrick Hell, responsable de la Chambre de Commerce et membre de la Denkfàbrik à Mulhouse, a décrit la politique de la ville pour des panneaux de rue bilingues, où selon les cas apparaissent des noms en alsacien ou en hochdeutsch. Mais avec des tailles de caractères différentes entre le français et l’alsacien « pour ne pas heurter le consensus ». Timidité, quand tu nous tiens : ne pas afficher à égalité de police de caractères et de taille revient à consacrer l’infériorité du dialecte face au français. L’Alsace est d’ailleurs la seule région de France où l’affichage bilingue ne respecte pas cette règle comme le rappelle Thierry Kranzer.

Et toujours le sujet qui fâche : alsacien ou hochdeutsch à l’écrit dans l’espace public ? Il y a ceux qui rappellent que la langue standard de l’alsacien est le hochdeutsch et reprochent à l’OLCA (Office de la Langue et de la Culture Alsaciennes) de pousser la graphie « orthal » de l’alsacien à sa place. Isabelle Dietrich, directrice de l’OLCA a souligné de son côté en réponse aux critiques qu’il y a un fossé générationnel : si les plus vieux sont attachés au hochdeutsch à l’écrit, les jeunes générations sont en demande d’alsacien pour lui conférer une identité positive.

Un Office public de la langue alsacienne

Reprenant la parole en conclusion de la journée, Frédéric Bierry a officialisé nombre de promesses. La plus importante: la création d’un Office public de la langue alsacienne pour gérer et implémenter la politique de la Collectivité d’Alsace en la matière. Un Office qui serait complémentaire de l’Olca dont la mission d’animation demeurerait. Il a aussi réaffirmé l’objectif d’ouvrir une école immersive (dialecte et hochdeutsch) par canton d’ici la fin du mandat (2027).

Plus en détails, les restitutions d’atelier, entérinées par Frédéric Bierry, incluent des panneaux bilingues, jusque dans le stade de la Meinau, en évitant le folklore, cigognes et autres « c ». De la formation pour adultes aussi en créant un diplôme d’animateur (BAFA) en alsacien et un Diplôme de compétence en langue (DCL) comme il en existe déjà en breton et en occitan. Il faut encore développer le périscolaire dès septembre 2022 avec les « mercredis de l’alsacien », histoire d’attirer les jeunes sans les forcer, et moderniser le répertoire culturel (théâtre, histoire régionale) en recourant à de nouveaux supports (audio, vidéo) et en suscitant de nouveaux créateurs grâce à la commande publique (celle de la CeA). Est enfin projeté un média rhénan sous forme de plateforme vidéo qui devrait voir le jour en 2024 avec l’appui de nos voisins allemands et suisses.

Vaste programme, de quoi travailler plusieurs années si les moyens suivent les annonces. Frédéric Bierry s’est déjà engagé sur une clause de revoyure en donnant rendez-vous en juin 2023 pour un « mois du bilinguisme » et en juin 2024 pour de nouvelles Assises du bilinguisme.

Benoît Kuhn, 4 juillet 2022photos: Albert Weber

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