élections régionales 2021

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Brigitte Klinkert fait front

Malgré une entrée tardive en campagne et un résultat décevant (de son propre aveu) au premier tour des élections régionales 2021, Brigitte Klinkert ne renonce pas. Entretien avec une battante qui compte sur le second tour ce dimanche pour peser au sein du Conseil régional du Grand Est.

Alsace.news : Qu’est-ce qui vous a décidée à bâtir une liste pour les élections régionales au lieu de simplement rester sur le combat de la CeA que vous aviez engagé ?

Brigitte Klinkert : J’ai été contactée par de nombreux citoyens, élus locaux, chefs d’entreprise, artisans, militants associatifs qui m’ont demandé de mener ce combat pour porter la voix de nos territoires. Je me suis battue pour la Collectivité européenne d’Alsace.

J’ai vu à quel point les résistances de la Région, la volonté d’effacer les identités et spécificités locales ont nuit à l’efficacité de l’action publique. J’ai décidé de me présenter pour mettre ma détermination et mon expérience au service de la Région. Mon expérience d’élue locale et mon expérience de Ministre alsacienne.

Je suis connue pour être une femme d’action qui se bat toujours jusqu’à ce qu’il y ait des résultats concrets. Pour la renaissance de l’Alsace avec Frédéric Bierry, pour faire face à la crise sanitaire ou encore créer 1,5 millions d’emplois pour les jeunes en 11 mois au plan national, je n’ai jamais renoncé, je n’ai jamais baissé les bras.

Alsace.news : Votre programme promet un « choc de décentralisation » pour le Grand Est avec des présidents délégués. Quelles priorités auriez-vous pour les 6 premiers mois de mandature si vous étiez présidente?

Brigitte Klinkert : On ne peut pas sortir de la crise, sauver les emplois et en créer de nouveaux en regardant les réalités de haut ou de loin. Le choc de décentralisation que je propose est un choc d’efficacité, pour gérer l’argent public au plus près des citoyens et adapter les solutions. Il faut que l’argent soit géré par les territoires et que les citoyens et les élus locaux aient des élus régionaux de proximité identifiés, joignables. Dans tous mes déplacements on m’a dit que le Président sortant de la Région avait rajouté de l’éloignement à l’éloignement et du centralisme au centralisme. Nos concitoyens souvent n’ont jamais rencontré la Région et ses élus, les chefs d’entreprise non plus.

J’aurai 3 priorités dans les 6 premiers mois : un effort massif pour sortir de la crise; un référendum sur l’avenir de la Région et un grand plan pour soutenir les jeunes et les accompagner vers l’emploi.

Brigitte Klinkert Mont Sainte Odile
Brigitte Klinkert en réunion au Mont Sainte Odile pour les élections régionales 2021

Brigitte Klinkert: parcours personnel et engagement politique

Alsace.news : Vous êtes surtout connue comme présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin de 2017 à juillet 2020 et co-fondatrice à ce titre de la Collectivité européenne d’Alsace. Pouvez-vous détailler votre parcours personnel et politique ?

Brigitte Klinkert : Mes racines alsaciennes, et notamment l’influence de mon grand-père Joseph Rey qui fut maire de Colmar, ont déterminé mon engagement politique pour défendre des valeurs d’engagement, de proximité, l’Europe et mon territoire. La récente création de la CeA est une étape importante de cet engagement. C’est à Colmar, où je suis née et vis encore aujourd’hui, que j’ai concrétisé mon envie de servir mes concitoyens pour la première fois : en 1983 je suis élue au conseil municipal où je resterai engagée jusqu’en 2017.

D’un point de vue professionnel le service public m’a très vite attirée et en 1979, jeune fonctionnaire territoriale j’ai eu l’honneur de rejoindre le Président Daniel Hoeffel à son cabinet du conseil général du Bas-Rhin. J’ai beaucoup appris à ses côtés et ai pris goût définitivement à l’action publique de proximité, l’action de terrain, celle qui change la vie des gens.
En 1994 je suis la première femme du département à faire son entrée au Conseil général. Et 23 ans plus tard, je deviens la première femme Présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin.
Je pense que c’est grâce à cet engagement pour l’Alsace et à mon action de proximité que j’ai eu la chance de rejoindre le Gouvernement de Jean Castex comme ministre déléguée à l’insertion au ministère du travail, il y a maintenant plus de 10 mois.

Alsace.news : Vous êtes Ministre de l’Insertion depuis l’été 2020. Quelles priorités avez-vous donné à vos actions ministérielles?

Brigitte Klinkert : Ma feuille de route tient en 3 mots : soutenir, simplifier et embaucher pour ne laisser personne sur le bord du chemin.

Ma première priorité, aux côtés du Premier ministre et d’Elisabeth Borne, c’est l’emploi des jeunes. Avec le plan « 1 jeune 1 solution » nous avons engagé plus de 9 milliards d’euros pour les accompagner vers la formation et l’emploi. Pour soutenir ces jeunes dans leur recherche d’emploi, nous avons mis en place des primes exceptionnelles que touchent les entreprises qui les recrutent. Un système gagnant-gagnant, qui incite à recruter des jeunes tout en soutenant les entreprises.

Et cela fonctionne ! 1,2 million de jeunes ont été recrutés grâce à cela depuis août, en CDI ou en CDD d’au moins 3 mois, et un demi-million de contrats d’apprentissages ont été signés. Pour les jeunes en insertion, nous doublons le nombre de places en Garantie jeunes, dont je rappelle que la rémunération est de 500€. Pour que le travail continue de payer, même en formation, nous avons également revalorisé la rémunération des stagiaires de la formation professionnelle à 500€. Cette rémunération est désormais étendue à l’ensemble des parcours vers l’apprentissage ou la formation.

Cela fonctionne aussi en matière d’insertion : 615 000 jeunes ont rejoint des dispositifs d’insertion l’an dernier, que ce soit des garanties jeunes, des PACEA, des AIJ, des contrats aidés (PEC ou CIE). Le succès de la plateforme 1jeune1solution montre que nous sommes sur la bonne voie. Elle recense 550 000 visiteurs uniques et 1,2 millions de recherches d’emploi depuis son lancement fin novembre.

En 2021, nous poursuivons ces efforts à destination des jeunes. Nous ouvrons 100 000 formations supplémentaires, pour atteindre 400 000 entrées en formation entre 2021 et 2022 de jeunes de moins de 30 ans. Nous ouvrons également 400 000 places de plus en parcours d’insertion. Et nous ajoutons 700 millions d’euros au PIC (plan d’investissement dans les compétences).

L’activité économique est un des meilleurs vecteurs d’insertion, j’en suis convaincue. J’ai à cœur de poursuivre le développement du secteur qui emploie des femmes et des hommes en insertion, les aider à se développer et créer de nouveaux emplois. Rapidement après mon arrivée au Gouvernement j’ai engagé un plan de relance pour l’inclusion doté de 320 millions d’euros. Les résultats sont là : 45 000 nouveaux emplois voient le jour à compter de cette année et je compte arriver à 60 000 d’ici la fin de l’année 2021.

Aider au retour à l’emploi c’est aussi simplifier. J’ai lancé une solution de simplification sur les territoires avec le Service Public de l’Insertion et de l’Emploi (SPIE) pour mettre fin au parcours du combattant et remettre chaque personne qui en a besoin au cœur d’un accompagnement efficace vers l’emploi en aidant les associations, collectivités, services de l’Etat et les entreprises à mieux travailler ensemble. Je crois à l’intelligence des territoires c’est avec eux, en soutenant leurs initiatives, leurs projets définis à l’échelle des bassins de vie et d’emploi, que nous avons construit ce service public qui va se déployer dans les prochaines semaines.

Alsace.news : Pouvez-vous rester ministre si vous êtes élue à la fois conseillère de la CeA et de la région Grand Est (et pas forcément présidente) ?

Brigitte Klinkert: Si je suis élue Présidente, je démissionnerai du Gouvernement pour exercer ma mission. Je pense par ailleurs qu’il est positif pour un ministre d’avoir un ancrage local, les pieds sur terre. Le mandat à la CeA et à la Région sont complémentaires, c’était l’idée du conseiller territorial portée par Nicolas Sarkozy.

Propos recueillis par Benoît Kuhn, 23 juin 2021
NB: la partie de l’interview concernant le parcours de Brigitte Klinkert et ses activités de ministre a été initialement publiée dans l’Alsa’Parisien, la revue des Alsaciens-Lorrains de Paris, en mai 2021.

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