Moins de bureaucratie, davantage de moyens sur le terrain et des décisions prises au plus près des habitants. David Lisnard défend une transformation profonde de la gestion publique. Avec la présidentielle de 2027 en ligne de mire.
En réunion électorale à Benfeld le 25 septembre 2026, devant un bon millier d’auditeurs enthousiastes, David Lisnard a d’abord soutenu la liste aux élections sénatoriales du 27 septembre de son parti Nouvelle Énergie, liste conduite par la sénatrice Laurence Muller-Bronn, avec en troisième position son bras droit Murielle Fabre, maire de Lampertheim. Mais le maire de Cannes et Président de l’Association des maires de France a surtout fait campagne pour les prochaines élections présidentielles en défendant un État qui se concentre sur ses missions régaliennes et mesure ses résultats. « Moi, je veux que l’État soit fort. Et pour que l’État soit fort, il faut qu’il s’occupe de ce qui le regarde. »

L’Alsace lui sert de démonstration. Derrière les colombages, les vignes et la plaine qu’il évoque avec affection, David Lisnard dit avoir rencontré une terre d’innovation, des entrepreneurs qui prennent des risques et des élus qui tiennent leurs communes. Ce « pays réel » constitue le point d’appui de son projet.
Davantage de soignants, moins de bureaucratie
Le cœur de son raisonnement tient dans une formule : « Pour avoir plus de policiers, plus d’infirmiers, plus de profs, il faut moins de bureaucrates. »
David Lisnard conteste l’idée selon laquelle augmenter la dépense suffirait à améliorer le service public. Il décrit une « machine infernale qui plombe le pays », où les procédures absorbent des moyens, freinent la production de richesses et finissent par priver les services essentiels de ressources. Sa charge est sévère : « La bureaucratie est un vol, c’est un vol de la richesse, c’est un vol de service public ». Et il pointe la dérive du pays : en 30 ans, on a créé 2 millions de postes de fonctionnaires… et perdu 2 millions d’emplois industriels.
Le niveau de la dépense constitue un enjeu majeur : selon l’Insee, les dépenses publiques représentaient 57,3 % du produit intérieur brut en 2025, avec un déficit public de 5,1 % du PIB. Par comparaison, les Pays-Bas, qui ont aussi un État social développé, n’utilisent que 45% du PIB pour les dépenses publiques ; une différence de 12 points de PIB qui représentent en France environ 350 milliards d’euros. Sans aller jusque-là, David Lisnard affirme que son équipe a documenté une possible réduction de la dépense publique équivalant à 7 points de PIB.
L’objectif annoncé est de financer la modernisation publique, de réduire la dette et les impôts de production, puis de rendre du pouvoir d’achat en abaissant les prélèvements sur le travail. Sa formule : « Cotiser moins pour gagner plus. »
Et la priorité, c’est aussi d’inciter au travail : « Quelqu’un qui travaille à temps plein doit gagner au moins 500 € de plus par mois que quelqu’un qui ne travaille pas. »
La « République des CERFA »
Pour illustrer les blocages administratifs, David Lisnard préfère les exemples aux organigrammes : un projet d’école dans un bâtiment existant, freiné par des études environnementales, un bassin de rétention destiné à prévenir les inondations, dont la procédure durerait depuis douze ans, sur fond de désaccord entre services de l’État.
Moralité : les élus ont des projets et souvent des financements, mais peinent à obtenir l’autorisation d’agir. Sous la plaisanterie, son reproche est constant ; la procédure finit par prendre le pas sur l’objectif : « Nous sommes la République des CERFA ».
Il faut réduire le nombre de règles, interdire les surtranspositions des textes européens et créer une instance chargée de supprimer les contradictions normatives signalées par les citoyens. David Lisnard veut aussi déplacer le contrôle a posteriori: des règles claires, une liberté d’action plus grande et des sanctions lorsque ces règles sont enfreintes.
« La liberté ne se justifie pas », affirme-t-il. Cette logique traverse aussi ses propositions environnementales. Il annonce vouloir supprimer le principe de précaution de la Constitution pour lui substituer un principe de responsabilité assorti d’objectifs environnementaux.
L’Alsace comme modèle de responsabilité locale
À Benfeld, la décentralisation prend une résonance particulière. David Lisnard cite la singularité du droit local alsacien et présente l’Alsace comme une source d’inspiration pour l’organisation nationale.
« On a confondu en France unité et uniformité. Pour retrouver l’unité, il faut permettre la diversité ».
Et donc arrêter et même inverser la recentralisation en cours depuis 20 ans dans le pays. David Lisnard propose des lois nationales moins nombreuses, fixant les grands objectifs et les dispositions d’ordre public, et un transfert du pouvoir réglementaire aux collectivités, à l’exception des missions régaliennes. Il défend également une organisation comportant une strate territoriale de moins et un impôt universel par strate. Exit départements et régions actuelles pour établir 40 « provinces » correspondant aux réalités historiques et populaires.
Avec une règle budgétaire explicite : « Qui décide la dépense assume l’impôt ». Rapprocher la décision fiscale des habitants doit rendre les responsables publics davantage comptables de leurs choix.
Cette réforme partirait des communes. Elle s’appuierait sur la subsidiarité : résoudre les problèmes au niveau le plus proche, puis remonter lorsque cela devient nécessaire.
Les comptes publics et les générations suivantes
Au fil du discours, la dette cesse d’être seulement une affaire de pourcentages. Elle devient une question de transmission. David Lisnard accuse les gouvernants de financer les difficultés présentes par des engagements supportés demain par nos enfants et petits-enfants.
Il étend cette préoccupation aux retraites, pour lesquelles il défend un étage obligatoire de capitalisation en complément de la répartition, ainsi qu’à la transmission des entreprises, qu’il souhaite libérer des droits de succession.
L’école occupe également une place centrale. Il veut remettre les mathématiques au cœur de l’instruction, développer la raison critique et renforcer la transmission culturelle. Sa vision de la performance publique dépasse ainsi la seule réduction des dépenses : elle doit, selon lui, permettre aux individus de construire leur vie.
Reste le passage du projet à son application. Le discours expose une direction, plusieurs engagements et des ordres de grandeur, mais laisse ouvertes les questions du calendrier, du financement de la transition et des arbitrages précis.
À l’approche de 2027, David Lisnard assume néanmoins son ambition présidentielle. « Je ne cherche aucun poste de ministre », déclare-t-il, tout en se disant prêt à accepter le résultat d’une « primaire » au centre.
La conclusion retrouve le registre personnel qui traverse son intervention. Après les normes, les impôts et les déficits, il revient à ce qu’il veut transmettre : « J’ai perdu mes illusions depuis longtemps, mais je n’ai pas perdu mon espérance. »
Benoît Kuhn, 30 septembre 2026




