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Elections 2021 : les raisons d’un échec pour l’Alsace

L‘analyse nationale des résultats des élections territoriales des 20 et 27 juin 2021 fait la part belle à des considérations politiques qui concernent davantage les scrutins du printemps 2022 que l’état réel de la démocratie départementale et régionale en France. Cela, même si certaines voix -plus lucides et courageuses que d’autres- s’inquiètent de la désaffection civique pour ces élections 2021 et souhaitent une réforme fondamentale des institutions du pays.

Les élections 2021 en Alsace : une occasion manquée

élections 2021 alsace
élections régionales 2021 en Alsace

En Alsace, le scrutin a été marqué par une abstention « historique », alors que beaucoup espéraient – après la création de la CeA – un nouvel élan pour l’Alsace. Malheureusement, ces élections 2021 semblent avoir été une occasion manquée pour exprimer dans les urnes les revendications d’une large majorité de la population qui demande la sortie du Grand Est :

  • Comparable -et même supérieur- au reste du pays, le taux d’abstention massif a frappé aussi bien le vote départemental (CeA) que régional (Grand Est) pour ces élections 2021. Avec seulement 1/3 de participation, les élus – de la majorité comme de l’opposition – ne sont clairement pas « représentatifs » de l’opinion. Le découpage cantonal imposé par l’objectif de parité a généré un éloignement supplémentaire. L’instauration d’une « vraie » proportionnelle s’impose comme une évidence. Et ce déficit de légitimité entache également les deux collectivités qui restent chacune des entités anonymes et désincarnées.
  • Atone, la campagne électorale a montré la faiblesse du débat, qu’il s’agisse de l’organisation, des compétences, de la gestion ou de l’avenir de la CeA. Malgré le rôle des réseaux sociaux, les médias classiques (presse écrite et audiovisuelle) n’ont pas réussi à dynamiser la confrontation des idées et des personnalités. Pour le Grand Est, les partisans de son démembrement, notamment les régionalistes, n’ont pas réussi à s’imposer face aux forces jacobines qui veulent préserver l’héritage de la loi NOTRe. Les promesses de « territorialisation » du Grand Est ont singulièrement manqué de consistance et de crédibilité.
  • Du côté de la « Majorité Alsacienne », le refus de prendre position entre Brigitte Klinkert et Jean Rottner témoigne d’une profonde division interne entre ses membres, qu’ils soient adhérents ou non des partis LR, LREM, MoDem ou d’autres groupuscules. Pour maintenir une unité de façade, tous les moyens sont bons, y compris une tentative de diversion comme le lancement d’une « grande consultation populaire » sur la CeA, dont les modalités et les finalités restent sous le boisseau. En réalité, les responsables publics ont les yeux rivés vers l’Élysée et s’abritent derrière la centralisation du pouvoir pour justifier leur pusillanimité.
  • Alors que les esprits restent dominés par les inquiétudes liées à la COVID-19, aucun effort pédagogique sérieux n’a été tenté pour expliquer les enjeux de ces élections 2021. Les sortants avaient tout intérêt à maintenir la confusion, puisqu’ils ne souhaitaient pas s’exprimer sur le fond des problèmes, ni dévoiler leurs priorités pour les prochaines années. Ainsi, ils auraient été bien en peine de justifier – par exemple – pourquoi la CeA est compétente pour les anciennes routes nationales et la région pour les transports ferroviaires de proximité (rail et bus), alors que les habitants réclament une stratégie de mobilité pour faciliter leurs déplacements quotidiens.

La pause estivale sera sans doute brève après ces élections 2021, car l’automne verra s’affronter les ambitions des principaux acteurs de la vie politique entre Vosges et Rhin, qui vont essayer d’attirer le regard de Paris sur des querelles toxiques pour l’Alsace. Divisés par des clivages mortifères, les régionalistes auraient dû se focaliser sur le renouvellement du Conseil d’Alsace, et laisser le Grand Est sombrer dans l’indifférence. Aujourd’hui, les citoyens sont fatigués de gesticulations stériles et réclament un projet d’avenir que la classe politique n’a pas été en mesure de leur présenter. Rien d’étonnant alors à ce qu’’ils aient « voté avec leurs pieds » !

Jacques Schleef, 4 juillet 2021
Après un DEA de sciences humaines, Jacques Schleef a été officier de police. Il a notamment servi près d’une dizaine d’années en Allemagne (comme officier de liaison du ministère de l’intérieur français), au Conseil de l’Europe (au sein de la direction des Affaires Juridiques) et en République de Macédoine (au profit de l’Union Européenne). Il est aussi le fondateur (et directeur de 1996 à 2015) du festival de musique et de chansons Summerlied, ainsi que le secrétaire général du Club Perspectives Alsaciennes.

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