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La Foire européenne à la dérive

Brisons un tabou, puisque tout le monde en parle mais que personne ne l’écrit : cette 89ème foire européenne de Strasbourg, du 3 au 13 septembre 2021, est un ratage complet, une déception terrible. L’ambiance y a été soporifique, et nous pesons nos mots. Il n’y a qu’à vérifier les derniers avis sur Google pour le confirmer : des notes d’une étoile (sur cinq) et des commentaires assassins…

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Pas grand’monde dans les allées de l’Espace Agricole malgré le beau temps…
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… et à peine plus dans le hall Habitat & Ameublement

Chérie, j’ai rétréci la foire européenne !

Deux halls, un pour la gastronomie, un pour l’équipement de la maison. Pour occuper les allées entre les deux, quelques stands de produits locaux/bio et une mini-ferme. Et en résumé, rien qu’on ne puisse voir ailleurs, dans les magasins eux-mêmes ou sur Internet, à part quelques Tesla sur le stand « Nouvelles mobilités ».

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« Nouvelles mobilités », un des seuls stands intéressants de cette foire européenne 2021

 Côté animations, Il n’y a bien que les radios présentes (TOP Music, France Bleu, DKL Dreyeckland), les concerts de musique de Christel Kern, les animations du Jardin des Délices et les stands des institutionnels comme la Collectivité Européenne d’Alsace ou l’Eurodistrict qui font le boulot, pour sauver un peu l’illusion d’une foire.

Quasi tout le reste ne vaut rien. C’est plus que calme, c’est l’ennui. Pas d’innovation ; le concours Lépine n’est pas revenu. Attractivité économique : absente. Ambiance dans les allées : catastrophique. Accueil des exposants : triste. Décoration : pas/peu de fleurs, pas même un drapeau européen. Pour une foire européenne c’est le comble. Accessibilité pour les personnes âgées ou à mobilité réduite : très difficile. La déambulation n’est absolument pas « harmonieuse », elle est très compliquée.  Et le top de la semaine : l’ambassade du pays invité – Cuba – n’était même pas au courant, tout est passé par une organisation locale.

Notons enfin que l’ambition de la foire européenne qui était d’être « le fer de lance d’une reprise tant attendue (…) qui permettra à de nombreux exposants privés de contacts sur le terrain durant plusieurs mois de retrouver leurs publics et consolider leurs courants d’affaires, tout en recréant une dynamique attendue, elle-aussi, pour toute la filière événementielle » est un échec cuisant.

Comment sauver le soldat Foire Européenne ?

Cette foire européenne est tellement ratée que c’est l’image de la ville qui en est affectée. Manque de chance pour Strasbourg, les dates d’ouvertures de la foire coïncident avec celle d’une autre foire dans le Grand-Est, celle de Chalons. Le comparatif est blessant pour la capitale européenne. « Ils nous mettent une tôle grave » nous dit un exposant. D’ailleurs les grandes personnalités politiques ou culturelles ne s’y sont pas trompées, elles ont toutes été à Chalons et pas à Strasbourg.

Les défenseurs de cette foire expliquent que le pass sanitaire a eu un effet dissuasif et surtout qu’il s’agit d’une « édition de transition », que « c’est la dernière fois que la foire se tiendra au Parc Expo transitoire avant de s’installer définitivement en septembre 2022 dans le futur Parc des Expositions ». Dans ce cas, on ne fait pas payer 7€ le prix d’entrée pour les adultes + 5 € de parking. Cela ne les vaut pas.

Des halls neufs ne suffiront pas à redresser la situation. Il faut réfléchir, et rapidement, au positionnement et à la mission de cette foire. Historiquement, la foire européenne a été le lieu où on découvrait les nouveautés pour la maison et la vie de tous les jours. D’où un afflux de visiteurs de toute l’Alsace et une ambiance de foule bon enfant dans les allées, avec des camelots qui hurlaient pour vendre le dernier presse-purée ou le nettoyant miracle pour vos lunettes, et des restaurants qui débitaient bretzels, « Knackwirschtle » et « Stàmm » de bière par dizaines (centaines ?) de milliers. Et nombre d’entre nous ont ainsi commencé leur année d’étudiant en travaillant sur ces stands.

 Cette époque est largement révolue à l’heure où tous les commerçants ont leur site sur Internet. Comment renouveler l’attrait de la foire européenne ? Il faut au minimum multiplier pavillons et animations autour des problématiques actuelles. Rien que sur les nouvelles mobilités (voitures et vélos électriques), les sujets ne manquent pas: comment financer l’achat, en particulier pour les ménages modestes dont le vieux modèle est menacé d’interdiction dans l’eurométropole ? Et où recharger son véhicule rapidement en-dehors de chez soi sans forcément s’abonner à un réseau ?  La relocalisation de productions en Alsace (avec le nouveau label de l’Adira « fabriqué en Alsace » par exemple), les produits agricoles locaux et leur distribution en circuits courts sont aussi des sujets où on peut faire mieux et plus. Que l’exploitant GL Events fasse son travail et demande leur avis aux exposants et visiteurs potentiels, et les idées ne devraient pas manquer.

Tout cela demande aussi l’implication des collectivités territoriales d’Alsace dans l’avenir de la foire européenne. Un exploitant privé ne va pas tout faire tout seul, surtout si la rentabilité à court terme n’est pas assurée. Clairement, la balle est dans le camp de Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d’Alsace, ainsi que de la maire Jeanne Barseghian et de la présidente de l’eurométropole Pia Imbs. Et il y a urgence, cette année nous nous sommes vraiment posé cette question en visitant la foire : « Et si c’était la dernière ? ».

Souhaitons longue vie à la Foire Européenne de Strasbourg, en espérant que l’échec actuel suscite la bonne réaction : repartir d’une feuille blanche et tout reconstruire pour la fierté du poumon économique et politique de l’Alsace.

La rédaction d’Alsace.news, 12 septembre 2021, MAJ 15 septembre 2021. Photos: Alsace.news – DR

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