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Mémorial de Haute-Alsace : un mémorial presque parfait

Le Mémorial de Haute-Alsace, projet de la mairie de Dannemarie/Dammerkirch dans le Sundgau, a été inauguré dimanche 19 septembre 2021 trois semaines après son ouverture au public. Sa mission : faire découvrir la vie quotidienne tant des soldats que des civils durant la Grande Guerre de 1914-18 et en faire comprendre les différents points de vue. Le Mémorial de Haute-Alsace a ainsi rassemblé, grâce au collectionneur Jacky Sontag et à l’association Les Tranchées Oubliées, des armes, objets et uniformes français et allemands d’époque. Et même reconstitué une tranchée allemande.

Uniformes français Grande Guerre Mémorial de Haute-Alsace
Uniformes français de la Grande Guerre au Mémorial de Haute-Alsace
Le quotidien des soldats allemands en tranchées dans le Sundgau reconstitué au Mémorial de Haute-Alsace

Tout cela dans un louable souci de pédagogie et de réconciliation comme en témoigne le très beau logo en forme de colombe du Mémorial de Haute-Alsace.

 logo  Mémorial Haute-Alsace
Le logo du Mémorial de Haute-Alsace

Seule ombre au tableau, nous écrit un lecteur historien de formation : un biais net dans les commentaires influencés par le roman national français. Voici son témoignage.

Mémorial de Haute-Alsace: une excellente scénographie et des témoignages peu connus…

« Sur la forme : excellente scénographie, on ne s’ennuie pas du tout, deux heures de visite passent comme rien.

Sur le fond, le Sundgau découvre enfin l’existence de Dominik Richert et de ses cahiers, publiés en 1981 sous le titre Die beste Gelegenheit zum Sterben puis en 1992 en français sous le titre Les cahiers d’un survivant. Les écrits de ce paysan sundgauvien de St-Ulrich ont été cités par tous les historiens renommés de la Grande guerre. Pierre Miquel par exemple, ou encore Rémi Cazals qui a consacré une thèse comparant les cahiers de Richert à ceux du poilu Louis Barthas. Richert était l’anti-héros par excellence, celui qui songeait d’abord à sauver sa peau, voire à déserter, insensible aux nationalismes français et prussiens. L’écrivain allemand Heinrich Böll a dit des écrits de Richert qu’ils étaient équivalents à ceux d’Erich Maria Remarque, écrivain pacifiste allemand auteur du célèbre A l’ouest rien de nouveau.

La directrice du Mémorial de Haute-Alsace, Marion Lavaux, devant le panneau trilingue consacré au feldgrau Dominique Richert

On découvre aussi un magnifique reportage photos en couleurs de Paul Castelnau dans le Sundgau. Ce photographe de guerre français a notamment photographié des tirailleurs sénégalais envoyés au repos sur le front calme du Sundgau après l’enfer de Verdun. »

… mais une vision réductrice de l’Alsace dans les commentaires

« Points négatifs : la première salle du Mémorial de Haute-Alsace explique les changements de nationalités. Une fois de plus la doxa cocardière l’emporte, le langage change suivant que l’Alsace devient française ou allemande. C’est une vraie maladie de langage en Alsace ! On y apprend que grâce au traité de Westphalie en 1648, la France « rattache » l’Alsace (qui n’attendait que ça bien entendu) et qu’en 1681, Strasbourg « entre » dans le royaume de France. On précise quand même que c’était après que Louis XIV ait assiégé la ville (ouf). Bien entendu en 1870, l’Allemagne nous « annexe », terme exact mais à connotation négative. Pas un mot sur le fait que cette situation n’était rien d’autre que la conséquence des guerres napoléoniennes, habilement exploitée par Bismarck.

Le film de la dernière salle suit la mythologie française sur l’époque : en 1918, la France nous « libère ». Comme si l’Alsace était prisonnière, alors qu’elle était devenue autonome politiquement avec son propre parlement. On nous explique quand même qu’il y a eu une épuration ethnique à partir de quatre modèles de cartes d’identités avec des expulsions brutales d’Allemands (ndlr : dont l’épouse d’Albert Schweitzer), que les lois sociales allemandes étaient meilleures que les françaises et qu’on les a conservées dans le droit local. La crise des années 20 est juste vaguement abordée, mais jamais, ô grand jamais, le mot autonomiste n’est prononcé !! On parle de malaise et on dit que « certains Alsaciens se rebiffent ».

Le summum du « révisionnisme linguistique » est atteint quand le film de cette dernière salle du Mémorial de Haute-Alsace nous explique « qu’en 1918, l’alsacien est interdit alors que c’était la langue en usage dans toutes les familles depuis deux générations ». Mais que parlaient donc les Alsaciens avant ces fameuses deux générations ? »

Comme quoi, même avec les meilleures intentions, les « raccourcis » historiques ont décidément la vie dure…

Rédaction alsace.news, 25 septembre 2021
Photos: L’Alsace/ Vivian MILLET, sauf logo du Mémorial de Haute-Alsace

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