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Quelle stratégie politique pour l‘Alsace ?

Les élections de juin dernier, avec leur taux d’abstention record, sont-elles le début de la fin du Grand Est ou seulement la fin du début de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) ? En effet, malgré l’indifférence apparente et la frustration réelle des citoyens, rien n’est réglé concernant la place de l’Alsace dans l’ensemble territorial hétéroclite et bancal où elle se trouve enserrée depuis 2015. Au lendemain de sa réélection à la tête de la CeA, Frédéric Bierry a annoncé son intention d’organiser une « votation » pour connaitre la volonté des Alsaciens sur l’avenir de leur région historique (que plusieurs sondages ont déjà analysée). La procédure envisagée n’a pas été précisée, alors que le droit administratif français ne prévoit nullement une « votation » telle qu’on la connaît en Suisse (référendum).

Les conseillers d’Alsace savent que la CeA, n’a pas « imprégné » l’opinion, à l’image de son logo sans âme, ni légitimité historique… A la rentrée, la proposition du président Bierry mériterait ainsi d’être débattue par l’Assemblée d’Alsace.

Quelles options pour la CeA et son président Frédéric Bierry?

Plusieurs options sont possibles :
– L’organisation d’un sondage, avec des questions simples et claires (« Voulez-vous que la CeA sorte du Grand Est » ?)
– L’ouverture d’une consultation électronique (avec les mêmes questions)
– La tenue de réunions publiques (dans le respect des gestes barrières)
– L’envoi par la CeA du même questionnaire à toutes les communes d’Alsace, en demandant aux Conseils municipaux de prendre position.

Frederic Bierry president CeA
Frédéric Bierry, président de la CeA, semble privilégier une option médiane avec son « tour en 80 jours » de l’Alsace, visiblement pour aller chercher des soutiens sur le terrain

A l’issue de cette phase préliminaire, l’Assemblée d’Alsace pourrait délibérer sur une résolution adressée au Président de la République et au Parlement pour leur demander d’engager la révision de la loi NOTRe et la transformation de la CeA en collectivité à statut particulier (sur le modèle de la Corse).

Malgré un « désir d’Alsace » souvent invoqué, le piètre score obtenu par les régionalistes, qu’il s’agisse du scrutin régional (de liste) ou du vote départemental (binômes) montre – pour reprendre une formule de Jean-Pierre Raffarin – que « la route est droite, mais la pente est raide ». Pour progresser, les partisans d’une Alsace forte et unie doivent (se) rassembler autour d’un projet et d’une équipe, car ils ne pourront pas convaincre avec des incantations et des jérémiades. Emmanuel Macron a fait savoir qu’il était « hors de question » de revoir la carte administrative du pays, mais d’autres candidats à l’Élysée pourraient porter un message différent et il appartiendra aux citoyens de les départager. Pour gagner cette bataille, la CeA a besoin d’alliés : ailleurs en France, le mécontentement existe aussi et le besoin de décentralisation est chaque jour plus vivace.

Si l’État veut faire des économies de fonctionnement, il doit accepter de mettre en cause sa pyramide territoriale ; les entreprises et l’emploi bénéficieraient également d’une telle modernisation ; enfin, les institutions doivent être restructurées en profondeur (mode de scrutin, rôle du parlement, pouvoirs présidentiels, etc.) pour restaurer la confiance des habitants dans le système démocratique.

Les responsables politiques alsaciens sont-ils capables de porter une telle ambition ? Poser la question, c’est y répondre.

Jacques Schleef, 08/09/2021
Après un DEA de sciences humaines, Jacques Schleef a été officier de police. Il a notamment servi près d’une dizaine d’années en Allemagne (comme officier de liaison du ministère de l’intérieur français), au Conseil de l’Europe (au sein de la direction des Affaires Juridiques) et en République de Macédoine (au profit de l’Union Européenne). Il est aussi le fondateur (et directeur de 1996 à 2015) du festival de musique et de chansons Summerlied, ainsi que le secrétaire général du Club Perspectives Alsaciennes.

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