Les trois leçons à retenir de ce sondage.
Réalisé fin septembre auprès de 10 000 personnes France entière, ce nouveau sondage de l’Ifop sur le régionalisme et la décentralisation a été dévoilé vendredi 23 octobre 2026 lors de l’ université d’automne à Colmar de Régions & Peuples Solidaires (R&PS), fédération de partis régionalistes français dont fait partie Unser Land. Les résultats ont de quoi conforter R&PS et ses partis adhérents dans leur démarche, en Alsace mais aussi ailleurs en France.
Sortie de l’Alsace du Grand Est : un soutien toujours très élevé
Les sondages Ifop-R&PS se suivent et se ressemblent : tant mieux pour l’Alsace ! Le sondage de 2025 donnait 80% d’Alsaciens pour une nouvelle région Alsace. Ce niveau très élevé se confirme en octobre 2026.

La création d’une nouvelle Région Alsace est plus que jamais réclamée par les Alsaciens (78%) … avec le soutien d’une majorité de Grandestiens (58%) et de Français (56%). Moralité : les cris d’orfraie des parlementaires lorrains et champenois lors de la discussion de la loi Alsace en avril dernier ne reflètent pas l’opinion de leurs électeurs !
Même soutien massif pour le droit local alsacien-mosellan : 90% des Alsaciens approuvent le maintien du droit local (France entière : 59%) et 71% des Alsaciens et Mosellans souhaitent pouvoir le faire évoluer eux-mêmes. Espérons que le Conseil constitutionnel lise ce sondage, car ces « Sages » n’autorisent que les évolutions faisant converger le droit local avec le droit national, ce qui signifie à terme sa disparition.

Les Français de plus en plus régionalistes
Une majorité de Français soutient les options régionalistes sur presque tous les sujets : autonomie de la Corse (57% favorables), redécoupage des régions, enseignement de l’histoire régionale à l’école (86% favorables), possibilité de suivre une scolarité en, langue régionale à parité avec le français (64% favorables).
C’est tout aussi net sur la gouvernance politique du pays : 74% des Français (88% en Alsace) veulent plus de pouvoir de décision aux régions, un bond par rapport à 2002 où ils n’étaient que 46%. L’autonomie fiscale des régions, et même l’idée de « fédéralisme régional », où chaque région pourrait adopter ses propres lois et ses propres normes dans certains domaines ne font plus peur (58% favorables – en Alsace : 69%).
La France est un pays centralisé où s’affirme, de façon majoritaire et transpartisane, une aspiration à une République décentralisée, différenciée, voire fédérale (Ifop)
Avec néanmoins un bémol, car l’autonomie politique fait encore débat : c’est une chance pour la République pour 33% mais un danger pour 30%.
Focus sur les jeunes, les diplômés, les « radicaux »
Les jeunes Français se démarquent de la moyenne sur plusieurs points. Les 18-24 ans, et dans une moindre mesure les 25-34 ans, sont plus favorables aux langues régionales (58% contre 48% en moyenne) et à des statuts spécifiques pour les régions (72% vs 58% en moyenne), y compris le droit local en Alsace-Moselle (70% vs 59% en moyenne). Un écart de dix points avec la moyenne nationale qui montre un fort soutien (une demande ?) chez les jeunes des spécificités régionales. La diversité régionale est perçue comme très positive chez les jeunes.
| Ifop R&PS sondage 2026 (% d’accord avec affirmation) | Moyenne | 18-24 ans | 25-34 ans | 35-49 ans |
| Insatisfaits du redécoupage des régions en 2015 | 40 | 21 | 32 | 38 |
| Création d’une nouvelle région Alsace | 56 | 57 | 65 | 59 |
| L’autonomie des régions est un danger pour la République | 30 | 22 | 23 | 26 |
| Extension des statuts spécifiques à d’autres régions | 58 | 72 | 69 | 62 |
| Pour le droit local Alsace-Moselle | 59 | 70 | 65 | 60 |
| Pour la possibilité d’une scolarité en langue régionale | 64 | 74 | 72 | 66 |
| Politique en faveur des langues régionales = chance pour la France | 48 | 58 | 54 | 49 |
| Plus attachés à leur région qu’à la France | 25 | 27 | 31 | 28 |
| Pouvoirs de décision davantage en région | 74 | 58 | 65 | 75 |
| Fédéralisme régional | 58 | 57 | 62 | 59 |
| Défense des langues régionales et de décentralisation importante dans leur vote | 54 | 67 | 64 | 56 |
Malgré cela, ils sont sceptiques devant les propositions de réforme de gouvernance : 21% seulement (contre 40% en moyenne) d’insatisfaits du redécoupage des régions de 2015, 58% (contre 74% en moyenne) pour plus de pouvoirs aux régions, 57% (contre 58% en moyenne) pour un « fédéralisme régional ». La région comme institution politique convainc moins les jeunes que les autres Français, signe d’une décentralisation ratée en France. Il va falloir les convaincre que cet échelon territorial a de la pertinence et qu’il faut miser dessus.
A l’inverse, les diplômés (2ème et 3ème cycle d’études) sont les plus parisianistes, ils accusent dix points de retard sur la moyenne pour donner plus de pouvoirs aux régions (64% vs 74% en moyenne) ou pour la possibilité d’une scolarité en langue régionale (56% vs 64%), et pensent plus souvent (40% vs 30% en moyenne) que l’autonomie des régions est une menace pour la République. Ils penchent toujours vers le centralisme français actuel, sans doute parce qu’ils en sont les principaux bénéficiaires.
Ce sondage Ifop confirme par ailleurs le paradoxe des partis politiques « radicaux » (RN et LFI). Leurs discours nationaux laissent peu de place au régionalisme ou même à la décentralisation, même si le RN a promis de sortir l’Alsace du Grand Est, mais leurs électeurs sont les plus en faveur de la diversité régionale. L’autonomie des régions ne fait peur qu’à 20% des LFI et 27% des RN (vs 30% des Français). En conséquence, 71% des LFI et 65% des RN (vs 58% des Français) sont pour des statuts régionaux spécifiques. Même la scolarité en langue régionale rassemble 73% des LFI et 68% des RN (vs 64% des Français). Les électeurs RN sont particulièrement en pointe : 80% pour donner plus de pouvoirs aux régions (vs 74% des Français), 69% pour un fédéralisme régional (vs 58% des Français)
Cerise sur le gâteau pour les Alsaciens : 63% des sympathisants LFI (60% des RN) sont pour la création d’une nouvelle région Alsace hors du Grand Est ! Un écart immense avec l’attitude des dirigeants LFI dont les députés ont essayé de stopper la proposition de loi Alsace en avril dernier par tous les moyens, et avec force insultes.
Benoît Kuhn, 30 octobre 2026
Source : étude Ifop pour R&PS réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 25 au 30 septembre 2026 auprès d’un échantillon de 9 689 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.




