Je ne suis pas un opposant systématique à la Zone à faibles émissions (ZFE) instituée sur tout le territoire de l’Eurométropole de Strasbourg. Je conçois que nos villes souhaitent un environnement moins pollué, moins bruyant, plus sécurisé et ne suis pas hostile a priori à l’idée que les centres des villes soient réservés aux livraisons, aux services et aux habitants de ces secteurs. Néanmoins, les décisions prises par l’Eurométropole de Strasbourg ne me paraissent pas abouties et laissent planer des incertitudes. Ma réflexion concerne essentiellement l’interdiction à terme des vignettes CRIT’AIR2, et la tentation de surenchère réglementaire par rapport à la loi établissant les ZFE.

CRIT’AIR2 : ne pénalisons pas les personnes âgées ou modestes
Le nombre réduit de voitures CRIT’AIR2 susceptibles de circuler dans l’Eurométropole de Strasbourg après 2028 justifie-t-il encore une interdiction ? Si l’on considère que la plupart des couples possédent deux voitures, l’une sera probablement aux normes et ils se serviront de celle-ci pour aller dans l’EMS. Parmi les rares utilisateurs de véhicules de type CRIT’AIR2 en 2028, on trouvera des gens plutôt âgées dont les rares déplacements concerneront essentiellement les professions libérales (médecins, etc.), des magasins spécialisés et les manifestations culturelles ; une autre catégorie concernera les personnes modestes qui n’ont pas les moyens de se procurer un véhicule électrique trop cher malgré les primes.
En fait, des personnes qui circuleront finalement peu, surtout en ville, et qui de surcroît répondent positivement au souhait écologique condamnant l’obsolescence programmée. D’un côté on nous invite à faire réparer ordinateur, machine à laver, mixer ou cafetière, ce que je considère comme une bonne chose, de l’autre, on nous pousse à nous débarrasser d’une voiture souvent en bon état de marche en surenchérissant sur la loi. Ce raisonnement semble difficilement acceptable.
Faciliter l’accès aux transports en commun dans la ZFE
Le réseau de transports en commun de l’Eurométropole de Strasbourg est proche de l’exemplarité ; néanmoins, pour accéder au tram, il faudra traverser une partie de la future zone « interdite », les parkings relais étant à l’intérieur de l’enceinte de la ZFE. Il conviendrait donc soit d’accorder des autorisations de circuler sur les voies qui mènent à ces parkings, soit de prolonger le réseau des trams aux extrémités de la cité, car le vélo ou un bus d’approche à faible cadencement ne sont pas une solution pour toutes les personnes extérieures à l’Eurométropole de Strasbourg Et même si la desserte en tram semble satisfaisante, une femme seule hésitera à rejoindre un parking isolé à 23h après l’opéra ou le cinéma; de même, une personne de la proche campagne à la mobilité difficile préfèrera-t-elle s’orienter vers de petites villes pour la consultation de professionnels de santé ou ses sorties culturelles.
On pourrait imaginer également que les soirs, les samedis ou les dimanches, ces restrictions soient partiellement levées ?
Gardons des axes libres pour traverser l’Eurométropole

A-t-on aussi pris en compte que si ces mesures se prenaient en l’état à l’échelle de toute l’Eurométropole de Strasbourg, un habitant de Pfulgriesheim ne possédant pas le véhicule adéquat et voulant se rendre à Hoerdt serait contraint de passer par Brumath au motif que Lampertheim et la zone commerciale attenante lui sont interdits à cause de la ZFE; qu’un habitant de Marlenheim, pour se rendre à Kehl, aurait le choix – si l’on peut dire – de passer par le pont Pflimlin au sud ou par Gambsheim et Achern au Nord. Où serait alors le bénéfice écologique ? Il apparaît clairement que dans chaque commune, un axe principal devrait être réservé pour conserver la liberté de circuler dans le département, car les routes ont été construites pour permettre les échanges, qu’ils soient individuels, économiques, locaux ou internationaux.
Par ailleurs, les routes dites départementales sont entretenues par la Collectivité Européenne d’Alsace avec les impôts de tous les Alsaciens. La CeA devrait-elle refuser dès lors de subventionner toutes les routes « privatisées » par l’Eurométropole ?
Enfin, si Strasbourg devait devenir une sorte de forteresse, avec en plus un GCO payant en entrée principale, il conviendrait alors de la débaptiser du joli et évocateur nom de Straßburg – le carrefour des routes- pour reprendre le nom plus cossu d’Argentoratum, une ville accessible uniquement aux « nantis » !
Jean-Daniel ZETER, Maire honoraire de Stutzheim-Offenheim, Vice-Président honoraire du Conseil Général du Bas-Rhin