Les Écologistes sont pour des régions fortes, voire pour un système fédéral. Pourtant, ils se sont opposés à la proposition de loi pour une Collectivité unique d’Alsace à l’Assemblée nationale. Pourquoi ?
Les Écologistes d’EELV se disent par contre régionalistes et même fédéralistes dans leurs convictions. Ils ont soutenu la Corse dans la création d’une Collectivité unique (réunissant région plus département) et soutiennent sa demande actuelle d’un statut d’autonomie. On attend toujours le même soutien en Alsace. Et la proposition de loi de Brigitte Klinkert débattue les 7 et 8 avril à l’Assemblée nationale n’a pas trouvé grâce à leurs yeux. Nous avons rencontré juste après ce débat la députée écologiste de Strasbourg Sandra Regol pour en savoir plus.

Sandra Regol explique sa position
Alsace.news : Pourquoi vous être opposée à cette proposition de loi à l’Assemblée nationale ?
Sandra Regol : J’en veux à ce texte qui empêche d’avancer. Car il est bâclé et a tout faux au niveau du contenu, de la méthode et de la stratégie.
Alsace.news : Concrètement, qu’est-ce qui ne va pas selon vous ?
Sandra Regol : D’abord ce texte est vide, n’a pas de contenu. Il ne parle pas de points essentiels comme la culture et la langue. Il n’aborde pas non plus la question du mode de scrutin de la future collectivité, pourtant important pour la représentativité des élus. Bref, il n’y a pas de projet autre que juste la sortie du Grand Est. L’Alsace mérite mieux.
De plus, le texte a été tellement mal écrit qu’il ne tenait pas la route juridiquement, le rapporteur Jean-René Cazeneuve a dû le réécrire jusqu’à la dernière minute. L’article 1 (ndlr – qui présentait un mécanisme de fusion des départements applicable ailleurs qu’en Alsace) était anticonstitutionnel, d’où son abandon déjà en commission avant le débat parlementaire. Je note d’ailleurs que Brigitte Klinkert elle-même s’est abstenue lors du vote, ce qui montre le peu d’importance qu’elle attachait à cet article 1.
Au niveau de la méthode, il n’y a aucune étude d’impact, aussi bien pour l’Alsace que pour le reste du Grand Est. Or il y a, par exemple, une perte potentielle de fonds européens. Il eut fallu une concertation préalable avec les autres élus du Grand Est pour étudier ensemble les conséquences d’une séparation de l’Alsace, et décider entre autres des modalités d’une péréquation entre régions.
Au total, on voit bien qu’on a ici un texte de période pré-électorale, qui a peu de chances de passer avant 2027, et dont le but est pour ses promoteurs Brigitte Klinkert et Gabriel Attal de marquer des points auprès des électeurs. Mais cette proposition de loi est clivante, elle a choqué les autres députés du Grand Est au lieu de rassembler pour construire.
Alsace.news : Depuis 10 ans, c’est quand même la seule proposition de loi qui a été inscrite au calendrier de l’Assemblée nationale. La gauche, et en particulier les Écologistes, n’ont fait aucune proposition, n’ont eux-mêmes entamé aucune discussion préparatoire sur ce sujet. Pourquoi ?
Sandra Regol : Nous sommes dans l’opposition, pas au gouvernement ou dans la majorité, or c’est eux qui ont la main, surtout sur un projet de réorganisation territoriale comme c’est le cas ici. Une proposition de loi émanant de l’opposition reste le plus souvent lettre morte, car la « niche parlementaire » (ndlr – journée où l’ordre du jour de l’Assemblée est fixé par les groupes d’opposition ou minoritaires) mensuelle est saturée. Vous citez en contre-exemple Paul Molac qui a réussi à faire passer en 2021 sa proposition de loi sur les langues régionales, mais il lui a fallu dix ans de travail parlementaire pour y arriver.
Alsace.news : Et si vous en aviez la possibilité, quelle organisation territoriale mettriez-vous en place ?
Sandra Regol : Je suis fédéraliste de conviction, et mon modèle s’inspirerait de ce qui est fait en Allemagne. L’État central se recentre sur les tâches régaliennes, établit les normes pour le pays, et la gestion des territoires est confiée à des régions. De grandes régions, aussi puissantes que les Länder allemands, me semblent un premier échelon adéquat pour gérer des sujets qui dépassent le local, comme les transports par exemple. A l’échelon inférieur, les départements deviendraient -y compris en fusionnant – des régions qui gèrent dans la proximité. Pour moi, il n’y a pas contradiction entre une région Alsace qui s’occuperait de ses intérêts, dont la langue et la culture, et l’appartenance à une « grande région » comme le Grand Est.
Propos recueillis par Benoît Kuhn le 10 avril 2026




