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Région Alsace : remettre l’ histoire à l’endroit

Lors de l’examen par l’Assemblée nationale de la proposition de loi (PPL) visant à créer une région Alsace, en avril 2026, ont fleuri des déclarations politiques et des articles de presse débordant d’arguments fallacieux ou mensongers destinés à discréditer ce projet, à défaut de pouvoir expliquer les bienfaits résultant de l’agrandissement des régions. Beaucoup sont si outranciers qu’ils s’effondrent d’eux-mêmes. L’ignorance de l’histoire d’Alsace et la mauvaise foi de certains auteurs imposent néanmoins quelques mises au point.

Région Alsace : une idée nazie ?

De façon récurrente circule l’accusation que la revendication d’une région Alsace serait d’inspiration nazie. Inculture, fantasmes et malveillance sont ici à leur comble.

Dans le Reich allemand des années 1930, le parti nazi avait sa propre organisation territoriale où le niveau régional était le Gau, dirigé par un Gauleiter, sous l’autorité directe du Führer. En 1940 l’Alsace fut occupée par cette administration du parti et rattachée au Gau de Bade pour former le Gau Baden-Elsass ou Oberrhein, sous l’autorité du Gauleiter Robert Wagner. Dès sa prise de fonction, il expliqua qu’on ne ferait plus les mêmes erreurs qu’en 1871 et que désormais tous les Allemands (de race) seraient traités de façon égale. L’allemand standard (hochdeutsch) serait privilégié, y compris à l’oral, car « les dialectes empêchent l’unification du peuple » (« Die Mundarten stehen im Weg eines vereinten Volks »), déclara-il encore. Une politique d’uniformisation et de négation des particularismes historiques et culturels fut ainsi mise en œuvre conformément à la doctrine nazie de fusion de tous les Allemands dans « ein Volk ».

Associer Région Alsace à nazisme est donc historiquement mensonger pour discréditer un projet conçu dans le cadre de la constitution française. Les régions françaises sont issues des circonscriptions d’action régionale créées par un décret du 2 juin 1960 signé par le Président de la République, Charles de Gaulle, contresigné par Michel Debré, Premier ministre, et 11 ministres. A l’époque, le seul découpage qui s’était imposé d’emblée fut l’Alsace, tous les autres périmètres ayant été matière à hésitations et controverses.

Séparatisme, voire sécession

Des articles de presse, y compris en Lorraine, et des déclarations politiques ont utilisé ces mots pour disqualifier la démarche alsacienne, souvent en association avec l’accusation de nazisme.

Présidents de région Franck Leroy Carole Delga
Solidarité de caste et mépris des Alsaciens : dix présidents de région ont publié une tribune le 5 avril 2026 contre la sortie de l’Alsace du Grand Est: « inscrite dans les exigences de l’extrême droite », « faire sécession », et pour finir: « Il appartient au gouvernement de siffler la fin de la récréation » – Photo: archives Alsace.news

Mauvaise foi et dénigrement sont ici manifestes: ces termes désignent la volonté de se séparer d’un Etat ou d’une nation et sont synonymes d’indépendantisme, ce qui n’a strictement aucun rapport avec le rétablissement d’une région Alsace cumulant les pouvoirs des régions et départements. Et le Grand Est, collectivité territoriale créée par une loi, qui ne bénéficie d’aucune garantie d’intangibilité, peut être supprimé par la loi.

Rappelons des vérités élémentaires : l’Alsace et la Moselle ont été séparées deux fois de la France par décision de l’Etat français, contre la volonté de la population et de ses élus.

En 1871, l’Alsace et la Moselle ont été cédées au Reich allemand par le traité de Francfort, donc par un contrat interétatique et non par annexion unilatérale. En conséquence, la population, devenue allemande, a été soumise à la législation et à l’éducation en vigueur, ce qui lui fut sottement reproché après 1919 et reste encore une image brouillée dans l’inconscient national.

En 1940, le traité d’armistice entre la France et le IIIe Reich ne contenait aucune clause spécifique sur nos territoires, qui auraient dû être des zones d’occupation par l’armée allemande, comme tout le nord du pays. Toutefois, en contradiction avec le droit international et les conventions sur la guerre, Hitler y implanta immédiatement une administration nazie transposée de celle qui existait dans le Reich, ce qui a créé une situation juridique totalement inédite. Le gouvernement de Vichy n’exprima que de maigres protestations et laissa l’occupant nazi commettre mille crimes, dont l’enrôlement forcé de plus de 140 000 jeunes hommes envoyés dans l’enfer du front russe.

Il est odieux et calomnieux de mettre aujourd’hui l’étiquette nazie sur le dos de la population alsacienne pour exonérer l’Etat français, qui n’a jamais admis sa responsabilité, ni reconnu sa lâcheté.

Un projet identitaire?

Le caractère « identitaire » de la revendication d’une région Alsace est un reproche inventé par le Premier ministre Manuel Valls, en 2015, utilisé par les socialistes strasbourgeois et indéfiniment répété depuis. Pourtant, ce terme n’a aucune signification négative par lui-même. Certes, il existe des mouvances identitaires d’extrême-droite, à connotation anti-européenne et anti- immigration. Mais assimiler à cela le souhait de rétablir une région Alsace dont la forte personnalité et les spécificités sont un attrait majeur (demandez à Stéphane Bern et aux organisateurs des Plus beaux villages de France) est un amalgame stupide.

Haro sur le soutien du Rassemblement National (RN)

Voilà un beau sophisme : le RN soutient la revendication d’une Alsace hors du Grand Est, donc c’est une idée d’extrême droite. La région de Marcel Rudloff et d’Adrien Zeller avant 2015 était-elle déjà d’extrême droite? Certes, le RN est le seul parti à avoir déposé deux propositions de loi pour sortir l’Alsace du Grand Est et à avoir été constant et uni sur cette position. Mais il n’a pas été à l’origine du projet. Est-ce de son fait si les partis du centre et de la droite se divisent sur le sujet ? Répéter que la PPL n’a été votée à l’Assemblée nationale qu’avec le soutien du RN assure sa publicité en montrant qu’il écoute les 70 à 80% de citoyens qui demandent cela depuis des années. Quel contre-projet lui oppose-t-on ?

Les partis de gauche, écologistes inclus, restent farouchement attachés aux grandes régions qui ne figuraient pourtant pas dans leurs programmes. Les justifications initiales de la réforme (économies, taille européenne) se sont toutes avérées fausses et aucune n’était de gauche. La loi du 16 janvier 2015 n’a d’ailleurs été adoptée en dernière lecture à l’Assemblée nationale que par les seuls députés socialistes.

Faut-il qu’aujourd’hui toute la gauche se retrouve pieusement dans cette grande œuvre du président Hollande, qui a reconnu lui-même – en privé – que ce n’était sans doute pas une bonne idée et qui a confessé dans un livre avoir dessiné seul la carte des régions avec un crayon et une gomme ? Où trouve-t-on la liste des bénéfices que les citoyens retirent de ces mégastructures technocratiques ? Les seules certitudes sont qu’elles manquent de fondements objectifs et de soutien populaire, sont faibles et favorisent les politiques centralisatrices.

L’Alsace n’a jamais reçu autant d’argent : affirmation … gratuite !

Cet argument de propagande que les partisans du Grand Est, menés par son président F. Leroy, font tourner en boucle, est biaisé et sans valeur !

1. Il n’existe aucun chiffre fiable. Les opérations du Grand Est n’étant pas territorialisées dans les budgets, il est impossible de chiffrer ce qui a été dépensé pour tel ou tel territoire. On sait cependant que la Lorraine et Champagne-Ardenne ont bénéficié d’importants rattrapages en investissements dans les TER, les lycées et la voirie ainsi que dans les hôpitaux, alors que ces équipements étaient déjà à niveau en Alsace. Il n’est pas innocent que le préfet de région et le président du Grand Est refusent de transmettre à la Collectivité européenne d’Alsace le nouveau Contrat de plan Etat Région où l’implantation des investissements est mieux précisée !

Chacun sait dans quel sens ont joué les péréquations intrarégionales, ce qui explique que les pro-Grand Est ne veuillent pas « perdre » l’Alsace, tout en outrageant ses élus.

2. Les dépenses des collectivités territoriales progressent chaque année ; comparer des chiffres de 2026 à ceux de 2015 ne fait aucun sens.

Depuis 2016 les budgets des régions ont augmenté du fait de transferts de compétences et d’une généreuse compensation en fraction de TVA versée par l’Etat. Laisser croire que les grandes régions auraient obtenu des moyens supplémentaires est fallacieux.

3. Et en débit, il faudrait comptabiliser les lourdes pertes pour l’Alsace dues aux délocalisations de dizaines d’organismes de Strasbourg vers Nancy et Metz.

En résumé: ce qui a profité au Grand Est aurait tout autant profité à la Région Alsace, qui en aurait eu la liberté d’emploi. Les pertes, elles, sont sèches.

Robert Hertzog – mai 2026
Agrégé de droit public et de science politique, Expert auprès du Conseil de l’Europe, ancien maire adjoint de Hoenheim, secrétaire général du Mouvement pour l’Alsace (MPA)

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