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RIP la ligne ferroviaire Colmar-Fribourg ?

Le projet de relier par le train Colmar et Fribourg a été officiellement « suspendu ». Définitivement ?

C’est le « serpent de mer » le plus ancien d’Alsace : un projet dont on parle depuis 80 ans, et même inscrit dans le Traité d’Aix-la-Chapelle signé en 2019 par le Président Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel. Il s’agit de rebâtir une ligne ferroviaire, et le pont sur le Rhin qui va avec, entre Colmar et Fribourg/Freiburg im Brisgau. Environ 60km, 6000 passagers quotidiens espérés, mais avec un coût estimé en 2022 à 350 millions d’euros pour la seule France pour recréer cette liaison qui existait déjà avant-guerre. Ironiquement, c’est le ministre des transports du Bade Wurtemberg, pourtant prêt à financer sa quotepart, qui a signé l’ « acte de décès » du projet dans le journal Badische Zeitung de ce lundi 17 août 2026.

Une ligne ferroviaire Colmar-Fribourg pas rentable et trop chère pour l’État français

affiche de la fête du train pour la  liaison ferroviaire Colmar Fribourg avril 2026

Les Allemands ont pris acte du refus de l’État français d’avancer. Trop cher, pas rentable, juge notre ministre des transports. Et pas assez prestigieux ajouterons-nous : Emmanuel Macron n’avait pas hésité à dépenser 1,5 milliard d’euros pour rendre la Seine baignable pour les JO de 2024… Depuis, l’état avéré  des finances publiques impose de rogner les investissements tous azimuts, et les mobilisations récentes en faveur de cette liaison ferroviaire Colmar-Fribourg n’y ont rien changé.

Certains se souviendront avec nous que l’argument de la non-rentabilité avait déjà été avancé par la SNCF pour refuser la prolongation de la LGV (Ligne à Grande Vitesse) Est jusqu’à Strasbourg dans les années 1990-2000. Il avait fallu l’obstination d’Adrien Zeller, alors président de la région Alsace, pour emporter le morceau. Depuis, les TGV Paris-Strasbourg affichent régulièrement complet, et plus personne ne parle de manque de rentabilité.

Les alternatives possibles

Les élus locaux de Colmar ont réagi de suite en prônant des alternatives plus légères, moins coûteuses à feu la ligne ferroviaire Colmar-Fribourg. La députée de Colmar Brigitte Klinkert évoque un projet de « train léger », intermédiaire entre tram et train classique, et soutenu par l’association TransRhinRail. Reste que ce train aurait besoin après la gare de Volgelsheim d’un pont dédié pour franchir le Rhin, et donc aussi d’un budget conséquent.

Tristan Denéchaud, conseiller municipal de Colmar proche du maire Éric Straumann et Vice-président de Colmar Agglomération en charge du bilinguisme et de la coopération transfrontalière, va plus loin. Dans son post Facebook du 19 août, il prône « le modèle « tram-train » (…), avec des normes d’exploitation beaucoup moins lourdes et nettement moins coûteuses que le ferroviaire traditionnel », car traversant le Rhin sur l’actuel pont routier « avec une voie unique en alternance pour le tram-train et un feu qui lui donne priorité par rapport aux voitures. Et cela une fois par demi-heure, sans gêne majeure pour la circulation automobile ». Tristan Denéchaud appelle donc la région Grand Est à racheter la ligne « afin de maîtriser les coûts et le calendrier d’ingénierie ». Les doutes sont permis quant aux motivations de la région Grand Est à suivre cette recommandation : les investissements en Alsace ne font clairement pas partie de ses priorités, et elle n’a même pas pris la peine de communiquer sur le sujet depuis une semaine.

En attendant, une solution palliative selon Tristan Denéchaud est de mettre en place une navette de bus à haut niveau de service comme la ligne G à Strasbourg.

Démunie de collectivité régionale, l’Alsace ne pèse pas dans ce dossier

Le triste destin de ce projet de ligne ferroviaire Colmar-Fribourg illustre parfaitement la nécessité d’une région Alsace. Rappelons que la compétence en transports ferroviaires incombe à la région, pas au département qu’est la Collectivité européenne d’Alsace. Le président d’une région Alsace aurait pu pousser le projet à Paris, tel Adrien Zeller en son temps, ce que n’a clairement pas fait Franck Leroy, président du Grand Est. Et en cas d’échec comme à présent, la région Alsace pourrait racheter la ligne et investir dans une solution alternative comme le « tram-train » décrit ci-dessus.

Sans les compétences régionales, l’Alsace est condamnée à subir les décisions des autres– Parisiens ou Champenois – dans tous les domaines touchant à l’économie et au développement des territoires.

Benoît Kuhn, 21 août 2026

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