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Sortir du Grand Est : les Alsaciens sont toujours pour à 64% !

Depuis 2017, c’est le cinquième sondage sur le sujet, avec toujours une large majorité d’Alsaciens qui veulent sortir du Grand Est. Ce sondage 2021 est évidemment contradictoire avec le résultat des élections régionales, que nous enseigne-t-il ?

André Reichardt, sénateur (apparenté LR) et président du Mouvement pour l’Alsace (MPA), a rappelé les deux grandes motivations pour refaire un sondage sur cette question de la sortie du Grand Est ainsi que quatre questions connexes. D’abord, vérifier si, après les dernières élections régionales, le débat sur le périmètre de la méga-région est clos comme le prétend son président Jean Rottner. Ensuite, en soumettre les résultats aux candidats aux prochaines élections présidentielles et législatives pour leur faire prendre position sur le sujet. D’où ce sondage commandité par les trois associations MPA, CPA (Club Perspectives Alsaciennes) et ICA (Initiative Citoyenne Alsacienne). Il a été réalisé fin octobre 2021 par l’Ifop en interviewant par téléphone mille personnes résidant en Alsace et en leur posant cinq questions (voir libellé exact des questions en fin d’article ci-dessous).

conférence sondage 2021 sortie du Grand Est
Le sénateur André Reichardt, entouré de Pierre Klein (président de l’ICA) à gauche et de Jacques Schleef (secrétaire général du CPA) à droite, présente les résultats du sondage 2021 sur la sortie du Grand Est, avec en toile de fond les Ponts couverts et la cathédrale de Strasbourg

Principaux enseignements de ce sondage 2021 sur la sortie du Grand Est

Question principale, la sortie du Grand Est motive toujours la population alsacienne qui répond « oui » à 64%. C’est légèrement moins qu’en décembre 2019 (68%) ou février 2019 (66%). Mais les opposants à la sortie baissent aussi, de 31% (décembre 2019) à 27%, le bloc des indécis montant du coup de 1% à 9%. André Reichardt voit là une conséquence de la création de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) dont beaucoup croiraient qu’elle est déjà une région. De façon moins optimiste, on peut aussi penser que certains se lassent et se détournent de cette question des institutions.

Mais quand on passe aux questions concrètes, l’approbation des Alsaciens s’amplifie et atteint les trois quarts de la population. A la question de doter la CeA de compétences spécifiques en matière d’enseignement et de culture, notamment pour gérer l’enseignement de la langue et de la culture régionales, la réponse est oui à 75%. Même les opposants à la sortie du Grand Est sont 64% à répondre oui à cette question. Enthousiasme identique pour recréer des ligues sportives en Alsace en sortant les districts d’Alsace du Grand Est : 71% sont pour, dont 51% des opposants à la sortie du Grand Est…

Mise à jour du 20 novembre 2021: Le foot alsacien est passé à l’action dès le lendemain de la publication du sondage. Réunis en assemblée générale, les responsables de clubs de foot alsaciens ont approuvé à 93% ce 20 novembre les travaux de leurs dirigeants pour recréer une ligue alsacienne de football en-dehors de la ligue du Grand Est. Un véritable plébiscite, et un cauchemar pour Albert Gemmrich, ancien joueur du Racing devenu président et ardent défenseur de la ligue du Grand Est. S’accrochant à son poste, il fait toujours semblant d’ignorer que la loi créant la CeA autorise la création de ligues sportives alsaciennes.

Deux autres questions plus politiques complètent ce sondage 2021. La proposition de Jacques Schleef, secrétaire général du CPA, que le ou la président(e) de la CeA soit élu(e) directement par les électeurs est elle aussi plébiscitée par 74% de la population, dont 64% des opposants à la sortie du Grand Est et 71% des électeurs de Jean Rottner. André Reichardt, s’appuyant sur son expérience de secrétaire de la Commission des lois au Sénat, ne pense pas que l’on puisse faire voter une loi en ce sens, mais souligne là que les Alsaciens veulent un président à forte légitimité. Robert Hertzog, secrétaire général du MPA, a de son côté réaffirmé que la solution passait par le rétablissement de la région Alsace où le candidat en tête de chaque liste devient président si sa liste obtient le meilleur score à l’élection.

 Enfin, les électeurs auront-ils lors de la prochaine élection présidentielle une préférence pour un candidat en faveur du retour à une région Alsace ? 56% de la population répond oui, avec ici un clivage net entre partisans de la sortie du Grand Est (70%) et opposants à la sortie du Grand Est (25% quand même !). C’est là un niveau très élevé pour ce genre de question souligne Jérôme Fourquet, directeur de l’Ifop.

Les RN sont les plus régionalistes, les jeunes, les grandes villes et les électeurs de gauche sont moins enthousiastes

Les électeurs RN sont à 75% pour la sortie du Grand Est, à 87% pour des compétences spécifiques en enseignement de la langue et culture régionales, à 84% pour des ligues sportives alsaciennes et à 96% pour l’élection directe du président de la CeA au suffrage universel. Seuls les électeurs d’Unser Land font mieux, et encore pas sur tous les sujets. Ces positions très régionalistes ne sont pas forcément à l’unisson avec celles du RN parisien, mais pourraient faciliter l’émergence d’un « RN alsacien » comme y songe Thierry Hans, fondateur du magazine Heb’di et maintenant conseiller régional RN.

Comme en 2019 et 2018, les jeunes (moins de 35 ans), les grandes villes (Strasbourg et Mulhouse) et les électeurs de gauche n’accordent qu’une courte majorité (entre 50 et 60%) en faveur de la sortie du Grand Est. Ces catégories sont par contre très favorables aux compétences en matière de langue et culture (73%). Les jeunes sont même en pointe (75%) pour le rétablissement de ligues sportives alsaciennes et pour élire directement le président de la CeA (72%). Les grandes villes et les électeurs de gauche y sont un peu moins favorables, avec des taux d’approbation là aussi entre 50 et 60%.

Les Alsaciens seraient-ils contradictoires ?

On peut relever dans ce sondage 2021 deux contradictions apparentes. D’abord la différence de score des régionalistes entre élections régionales et sondage. Robert Hertzog rappelle cependant qu’un sondage exprime une opinion générale, alors qu’en élection il s’agit de décider qui va gouverner : la question institutionnelle se retrouve noyée au milieu d’autres considérations électorales, notamment de qui semble le plus apte à gouverner, souligne André Reichardt.

De plus, sur les questions concrètes comme l’enseignement et le sport, les sondés sont encore plus nombreux (entre 70% et 75%) à vouloir l’autonomisation de l’Alsace, y compris une majorité de ceux se prononçant contre la sortie du Grand Est. Pour Pierre Klein (ICA), les électeurs sont bien plus régionalistes que les élus. Il est vrai que ces derniers sont otages, notamment les LR, de leur parti parisien sans lequel ils ne pensent pas pouvoir être élus, et ont de plus peur des représailles de Jean Rottner qui a l’habitude de couper les subventions aux opposants.

C’est donc sur le terrain que les Alsaciens semblent prêts, pas à pas, à sortir du Grand Est. André Reichardt pense que le processus d’érosion du Grand Est entamé dans les sports peut faire tache d’huile dans d’autres domaines. Côté culture et langue régionale, Pierre Klein pense que la CeA doit prendre position et agir pour obtenir plus de moyens et de pouvoirs. Il recommande à cet égard, face au raidissement jacobin probable sur ce sujet, que la CeA crée une « Haute Autorité de la langue et de la culture alsacienne » pour soutenir l’enseignement de la culture et de la langue alsaciennes.

Ce sondage apporte également de l’eau au moulin de Frédéric Bierry, président de la CeA, qui conclura prochainement son « tour d’Alsace » et ses consultations. Il se dit qu’il lancerait ensuite, au lieu d’une « votation » juridiquement impossible, un « questionnaire » distribué à un million d’exemplaires pour demander l’avis des Alsaciens sur ces sujets. Comme le souligne l’ICA, cela nécessitera des réunions d’explications et de motivations sur tout le territoire pour motiver les Alsaciens. Sinon, on courrait le risque d’un nouvel échec après celui du référendum en 2013, un échec qui pourrait être définitif.

Benoît Kuhn, 19 novembre 2021, mis à jour le 20 novembre 2021
Photo: alsace.news DR

> Les cinq questions du sondage:

Question 1: « Pensez-vous que la nouvelle collectivité européenne d´Alsace (CeA),
née le 1er janvier 2020 de la fusion des conseils départementaux du
Bas-Rhin et du Haut-Rhin, doit sortir de la Région Grand Est pour
redevenir une région Alsace à part entière ? »

Question 2: « Souhaitez-vous que la collectivité européenne d´Alsace (CeA) soit
dotée de compétences spécifiques en matière d´enseignement et de
culture, notamment avec le transfert de la gestion de l´enseignement
de la langue et de la culture régionales ? »

Question 3: « Actuellement le président (ou la présidente) de la collectivité
européenne d´Alsace est élu par les élus siégeant dans cette
collectivité. Souhaitez-vous qu´à l´avenir, il ou elle soit directement élu
par les électeurs alsaciens? »

Question 4: « Souhaitez-vous que le sport alsacien (tennis, football, athlétisme,
basket, etc), qui a été fusionné contre son gré dans le Grand Est, se
reconstitue en ligues d´Alsace dans les différentes disciplines
sportives? »

Question 5: « Lors de l´élection présidentielle d´avril prochain, votre préférence ira-t-
elle à un candidat qui se serait officiellement prononcé pour le retour
à une région Alsace à part entière ? »

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