Jean-Philippe Atzenhoffer, Réveiller l’Alsace, La Nuée Bleue, 185 pages, 20€

L’économiste Jean-Philippe Atzenhoffer avait déjà dénoncé Le Grand Est, une aberration économique. On notera que cette démonstration n’a subi depuis sa parution aucune réfutation de quelque côté que ce soit… Avec Réveiller l’Alsace, il nous parle cette fois de l’économie alsacienne et sonne le tocsin.
Contrairement à ce que nous pensons tous, l’Alsace n’est plus une locomotive économique de la France, juste derrière l’Ile de France. Depuis l’an 2000, la croissance économique de l’Alsace est inférieure à celle de la France (laquelle est inférieure à celle de l’Union européenne). Le taux de chômage, autrefois nettement inférieur à la moyenne nationale, l’a rattrapée depuis, faute de création d’emplois depuis le début du siècle, et ce malgré les 60 000 frontaliers qui vont encore travailler en Allemagne et en Suisse. L’innovation est aussi à la traine avec des dépenses de recherche et développement en-dessous de la moyenne française et loin derrière celles de nos voisins du Rhin Supérieur. En résumé : nous étions en tête de peloton français, nous avons rétrogradé en milieu de peloton. Cerise sur le gâteau (si on peut dire…), les inégalités sociales se sont aussi creusées chez nous sur ce dernier quart de siècle.
A l’échelle du Rhin Supérieur, le constat est encore pire : notre PIB par habitant est de loin le plus faible du Rhin Supérieur. On savait Mulhouse complètement dépassée par Bâle au 20ème siècle, mais on apprend ici que Strasbourg ne tient pas non plus la comparaison face à Karlsruhe, à l’image des aéroports respectifs : 1,2 million de passagers par an pour Strasbourg-Entzheim, 1,8 million pour Karlsruhe-Baden en 2024. Car Strasbourg a perdu 30% de son emploi industriel depuis 2000 et perd même des « emplois créatifs » (ceux impliqués dans l’innovation). Strasbourg se veut capitale européenne et n’est même plus la locomotive de l’Alsace…
Comment réparer ce désastre ? Pour Jean-Philippe Atzenhoffer, qui cite de nombreuses études, « les institutions façonnent le développement économique. Leur qualité constitue le principal facteur des écarts de prospérité entre les régions. (…) Dans une économie ouverte à la concurrence internationale, il est essentiel d’avoir des institutions ouvertes et flexibles ». Or la France se caractérise par une recentralisation rampante depuis 20 ans : grandes régions en 2015, quasi-suppression des recettes fiscales locales (taxe d’habitation). Le contraire de ce que font les autres, y compris en Chine qui a décentralisé fiscalement depuis 20 ans. Première étape, indispensable, du redressement possible : décentraliser et simplifier la gouvernance avec une collectivité unique d’Alsace (département + région). Ce « choc de simplification » doit inclure une décentralisation de l’éducation et de la santé, « deux piliers du développement économique » qui sont à gérer régionalement comme chez nos voisins et non nationalement. Et une telle Alsace sera mieux armée pour remédier aux nombreux « ratés de la coopération rhénane ».
Ce riche plaidoyer pour une Alsace responsable est à lire de toute urgence. Ne vous contentez pas du résumé ci-dessus, courez l’acheter en librairie !
Christian Huber, Souvenirs d’un pédiatre alsacien, Editions Alsagraphic, 30 pages

Notre ami Christian Huber est pédiatre, mais aussi militant alsacien et influenceur : son compte Facebook Alsace bilingue – que nous vous recommandons chaudement – compte 13 000 followers ! Il choisit ici de partager ses souvenirs, très simplement et très directement, et son parcours réunit des expériences à la fois typiques (notre bilinguisme et comment envisager son avenir) et exotiques (son service national comme pédiatre au Gabon et sa visite de l’hôpital du Dr Schweitzer à Lambaréné).
Un témoignage d’intérêt, qu’on peut obtenir en format numérique (2,99€) ou papier (11,90€) sur Librinova
Pierre Kretz, Comment ça va, Màmma ? Lettre tardive à ma mère, La Nuée Bleue, 129 pages, 18€

Sûrement le texte le plus intime de Pierre Kretz. Il avoue avoir mis 5 ans à l’écrire, par petits bouts. Et il y livre sous forme de lettre posthume à sa mère à la fois une description touchante de l’Alsace rurale des années 50-60 et les deux traumatismes qui ont marqué son enfance. En laissant son imaginaire de gamin s’exprimer et en en faisant de la littérature tout en pudeur et en élégance malgré la brutalité des faits.
Pierre Kretz traite aussi, mine de rien, des rapports entre langue ancienne (l’alsacien) et langue nouvelle (le français). Difficile de vous en dire plus sans « spoiler » cette autobiographie, mais avouons que nous sommes admiratif devant l’habileté de Pierre Kretz à entremêler confession personnelle et considérations sociologiques. La marque d’un grand écrivain, qui espère modestement « avoir trouvé une petite musique à laquelle le lecteur est sensible ». A lire absolument.




