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Elections régionales 2021 : triste bilan

Jean Rottner réélu, Brigitte Klinkert peinant à rassembler, la démocratie grande perdante de ces élections régionales…

Deux phénomènes se produisent habituellement entre les deux tours d’une élection. D’abord, la prime au leader : celui/celle qui fait la course en tête et est perçu(e) comme vainqueur probable augmente ses voix significativement, même en l’absence de report ou de soutien d’un concurrent éliminé. Ces nouveaux électeurs/trices volent au secours de la victoire. Et du coup on voit la participation aux élections augmenter entre les deux tours (de 40% au 1er tour à 50% au 2ème tour aux élections régionales de 2015!). Exception à cette règle : un « leader » jugé extrémiste (comme le Rassemblement National) fait le plein de voix au premier tour et stagne ensuite.

Les challengers, du moins ceux perçus comme n’ayant plus de chance de gagner, voient au contraire une partie de leurs électeurs/trices se décourager et perdent des voix entre les deux tours. Mais cela peut être compensé par l’apport d’électeurs/trices d’autres concurrents éliminés au premier tour.

Jean Rottner réélu mécaniquement

Jean Rottner et sa liste bénéficient de cette prime au leader: ils gagnent 40 000 voix en Alsace (109 000 au total en Grand Est), passant de 98 000 au 1er tour à 138 000 au 2ème tour. Jean Rottner ne bénéficiant d’aucun report, ces 40 000 voix sont a priori de nouveaux électeurs. Sauf que cette progression va bien au-delà de l’augmentation globale de la participation qui n’est en Alsace que de 8 000 voix (même pas 1% du corps électoral).

Donc, un peu plus de 30 000 électeurs/électrices du premier tour en Alsace ne sont pas revenus au 2ème tour, sans doute des électeurs de sensibilité régionaliste et accessoirement d’extrême gauche. En effet, Eliane Romani (écologistes et divers gauche) progresse de 18 000 voix et capte donc presque tout l’électorat de la liste socialiste d’Aurélie Filipetti (20 000 au 1er tour) et probablement rien -ou presque rien – de la liste d’extrême gauche Louise Fève (Lutte ouvrière – 5 000 voix au 1er tour). Et Laurent Jacobelli (RN) progresse de 23 000 voix, plus que la réserve de 19 000 voix de la liste Florian Philippot (les Patriotes) au 1er tour. Il se peut que ses positions pour la dissolution du Grand Est lui aient apporté quelques milliers de voix protestataires de droite et qui ne voulaient pas voter pour Brigitte Klinkert et sa liste « majorité présidentielle ».

Brigitte Klinkert fait du surplace entre les deux tours des élections régionales

Brigitte Klinkert ne fait pas le plein des voix régionalistes en Alsace. Sa liste ne progresse que de 7 000 voix, la plus faible progression, et loin des 34 000 voix d’Unser Land au 1er tour. L’affaiblissement mécanique entre les deux tours de la liste Brigitte Klinkert, perçue comme la grande perdante dans ces élections régionales, y contribue ; cet affaiblissement est compensé par un apport d’électeurs/trices d’Unser Land. Au total, on peut estimer (faute de sondage plus précis) qu’un tiers à une moitié des voix d’Unser Land se sont reportées sur la liste Brigitte Klinkert, le reste s’abstenant ou (pour environ un dixième) se reportant sur la liste RN. La méfiance réciproque et de longue date entre les militants d’Unser Land et Brigitte Klinkert ne s’est pas dissipée en une semaine, malgré le soutien – courageux – de la direction d’Unser Land. L’exemple de la Corse montre pourtant le chemin : pas de conquête du pouvoir sans alliances entre régionalistes !

hémicycle du siège de la région Grand Est à Strasbourg
Hémicycle du siège de la région Grand Est à Strasbourg

La démocratie grande perdante de ces élections régionales

Pas de sursaut de la participation au second tour, on l’a vu plus haut. Et cette abstention est encore plus basse en Alsace et en Grand Est (70%) que la moyenne nationale (65%). Preuve que cette région mal-née contribue au malaise démocratique. Le peuple, particulièrement les jeunes, ne comprend plus la politique, pense que le système est verrouillé et que cela ne sert à rien d’aller voter, sauf peut-être à l’élection présidentielle, celle du monarque républicain qui décide tout. Pour les régions et départements aux compétences aussi peu connues que limitées, pourquoi se déplacer à ces élections régionales? De toute façon les partis nationaux se répartissent les places et font ce qu’ils veulent…

Cette défiance est hélas conforme à la pratique dans ce pays jacobin où les élites décident loin du pays réel. Et la réélection de tous les présidents de région est une stagnation qui résulte de ce malaise démocratique et le renforce en retour. Emmanuel Macron et son gouvernement sauront-ils entendre cela, relever ce défi ? Ce serait un miracle, mais on a le droit d’espérer.

Benoît Kuhn, 29 juin 2021

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