Musée des Beaux-Arts de Strasbourg

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Jean-Jacques Henner, le plus parisien des peintres alsaciens

Non pas une, mais trois expositions simultanées sont consacrées à Jean-Jacques Henner à Strasbourg, Mulhouse et Paris. Une triple occasion de (re)découvrir ce peintre trop méconnu.

Ndlr : cet article traite de Jean-Jacques Henner en tant que peintre et dessinateur à partir de l’exposition « Chair et Idéal » au musée des Beaux-Arts de Strasbourg et de celle du musée des Beaux-Arts de Mulhouse consacrée à ses dessins. Nous traitons dans un autre article l’exposition au musée Jean-Jacques Henner de Paris intitulée « Rêver la province perdue 1871-1914 » : tout un programme !

Généralement considéré comme le plus grand peintre alsacien du XIXème siècle, Jean-Jacques Henner n’est plus aussi célèbre qu’à son époque. Jean-Jacques Henner est en effet un peintre académique, qui multiplie les références classiques dans ses œuvres et expose dans les salons officiels. Même s’il les fréquente, il est artistiquement loin des peintres impressionnistes ou symbolistes que nous apprécions tant aujourd’hui.

Un peintre parisien très coté

Jean-Jacques Henner, Autoportrait, vers 1877

Jean-Jacques Henner (1829-1905) naît à Bernwiller, près d’Altkirch, dans une famille paysanne. Rien ne le prédestine aux arts. Il suit néanmoins des cours de dessin au collège d’Altkirch dès 1841, et poursuit sa formation d’abord à Strasbourg, puis à Paris dans les ateliers du strasbourgeois Michel Martin Drölling de 1846 à 1851 et de François-Edouard Picot de 1851 à 1855. Ses débuts sont difficiles. Il peine à gagner sa vie, alterne séjours à Paris et en Alsace, et tente à plusieurs reprises le prestigieux concours du Prix de Rome qu’il finit par décrocher en 1858. Le voilà parti à l’académie de Rome jusqu’en 1865, année où il revient pour s’établir définitivement à Paris. C’est le début d’une longue carrière à succès qui lui vaut d’être un des peintres les plus renommés de la scène parisienne et un homme comblé d’honneurs.

Le tout-Paris lui passe commandes, il exporte ses tableaux jusqu’en Amérique. Et, chaque année, il expose au Salon de peinture et sculpture, la grande manifestation officielle dont on se souvient de nos jours pour avoir refusé les peintres impressionnistes ! Jean-Jacques Henner est de plus élu à l’Institut en 1889, nommé au Conseil supérieur d’enseignement de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris en 1891, devient président du jury de peinture au Salon en 1900. Il gravit également tous les grades dans l’ordre de la Légion d’Honneur jusqu’à devenir grand officier à la fin de sa vie en 1903.

Jean-Jacques Henner fidèle au Sundgau et à l’Alsace

La célébrité parisienne ne le détourne pas de son Alsace natale. Déjà jeune il peignait des portraits de sa famille et des scènes de genre en Alsace. La guerre de 1870 est évidemment un traumatisme pour ce peintre déjà bien établi à Paris. Jean-Jacques Henner finit par « opter » pour la France en août 1872, deux mois avant expiration du délai.

Entretemps, il est devenu célèbre pour son tableau le plus connu, L’Alsace, elle attend. Ce tableau, une commande de dames de Thann pour l’offrir à Gambetta, est largement diffusé dans la presse et sous forme de lithographies, et devient le symbole de la souffrance de l’Alsace « arrachée à la France ». Les autorités allemandes, bizarrement, ne lui en tiennent pas rigueur et le laissent séjourner chaque année dans son village natal où il se fait construire en 1885 une belle demeure avec parc.

Jean-Jacques Henner est Alsacien de naissance, Français de choix, mais sans agressivité particulière pour les Allemands: L’Alsace, elle attend est sa seule oeuvre « revancharde ».

.Jean-Jacques Henner, L’Alsace. Elle attend, 1871

« Chair et Idéal » : l’exposition au musée des Beaux-Arts de Strasbourg

A voir jusqu’au 24 janvier 2022, c’est peut-être la rétrospective la plus complète jamais consacrée à Jean-Jacques Henner. Et une très belle exposition qui offre un parcours en douze salles à la fois thématique et chronologique de l’œuvre avec une discrète mais efficace scénographie signée du strasbourgeois Alexandre Fruh (atelier Caravane).

Excellent dessinateur, Jean-Jacques Henner s’inspire aussi des maîtres italiens et de son séjour à Rome pour le traitement de la lumière et le clair-obscur. On retrouve ainsi la même recherche formelle et la même palette de couleurs, aussi bien dans ses tableaux à thèmes religieux que dans nombre de ses nus. Les corps sont lumineux et se détachent de fonds sombres, dominés par des arrière-plans d’un noir profond.

Jean-Jacques Henner, Le Christ en croix, 1889

. Jean-Jacques Henner, Saint Sébastien (soigné par les femmes romaines),1888

Pour ses nus, Jean-Jacques Henner joue également sur le contraste entre la pâleur des corps et la couleur fauve des chevelures féminines et parfois du décor, ce qui donne à ses tableaux une ambiance mystérieuse que certains auteurs qualifieront de pré-symboliste.

Jean-Jacques Henner, La Liseuse ou La Femme qui lit, 1883

Il peint aussi ses nus sur fond de paysages idéalisés, inspirés de ceux du Sundgau, où se mêlent le vert et le fauve de la végétation et le bleu de l’eau et du ciel. On est là plus proche de la peinture classique, oui, et de toute beauté !

. Jean-Jacques Henner, La Source. Grande variante, 1881
Jean-Jacques Henner, Idylle, 1872

Jean-Jacques Henner dessinateur au musée des Beaux-Arts de Mulhouse

Dessinateur, Jean-Jacques Henner l’est depuis ses débuts comme le montre l’exposition au musée des Beaux-Arts de Mulhouse jusqu’au 30 janvier 2022. Comme tout apprenti, il fait ses gammes dans les ateliers de ses maîtres en reproduisant des oeuvres classiques. Cette touche classique alliée à une grande technicité se retrouve tout au long de sa carrière dans ses dessins d’étude qu’il annote d’indications concernant les couleurs ou les tonalités pour ses tableaux.

Jean-Jacques Henner, Sara la baigneuse, 1902, fusain et craie blanche sur papier brun

Le modèle féminin est omniprésent dans l’oeuvre de Jean-Jacques Henner. Nymphes, baigneuses, naïades, ou dames du monde, les femmes sont une source d’inspiration et de création pour lui. Les rehauts à la sanguine de certains dessins montrent de manière étonnante son « obsession de la rousseur » présente dès le processus préparatoire.

L’Alsace est aussi une grande source d’inspiration. Chaque été, il y séjourne deux mois, dessinant et peignant sur le motif. Les paysages du Sundgau, inlassablement repris comme toile de fond de ses compositions, sont travaillés et retravaillés dès l’étape préparatoire du croquis. Jean-Jacques Henner commet aussi des croquis plus pittoresques (portraits, vie paysanne).

Jean-Jacques Henner, esquisse à la cigogne, 19e siècle, fusain et craie blanche sur papier brun

Benoît Kuhn, octobre et novembre 2021

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