Lettre à Macron

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7 maires contre l’Alsace – épisode 1 : Claude Sturni

Dans cette série spéciale, nous dévoilerons les revirements et les combines des 7 maires de villes alsaciennes qui ont signé en catimini une lettre implorant Emmanuel Macron de ne pas donner suite au retour d’un statut régional pour l’Alsace.

« Nous vous demandons de vous opposer, comme vous l’avez fait au printemps 2023 à toute tentative de redécoupage de notre région », ont-ils écrit au chef de l’Etat (voir lettre complète en fin d’article – ndlr). Ils estiment qu’une modification de l’organisation territoriale serait « incompréhensible, contre-productive et irrespectueuse du travail entrepris par le plus grand nombre en 2016 ».

Claude Sturni : « Ne tuez pas l’Alsace »

Nous commençons dans ce premier épisode par le cas du maire de Haguenau Claude Sturni. Maire depuis 2008, son parcours est intéressant puisqu’il a exercé la fonction de député de 2012 à 2017 sous l’étiquette UMP puis LR, soit précisément lors de la réforme des régions.

Comme la majorité des 7 signataires, il retourné sa veste sur le sujet. En 2014, il est intervenu à plusieurs reprises à l’Assemblée nationale lors de la réforme territoriale pour s’opposer vivement à la disparition de la Région Alsace (voir l’ensemble des interventions en annexe – ndlr). Il a également porté une banderole de protestation avec d’autres parlementaires en plein Paris.

Claude Sturni 2014 manifestation Paris

Fustigeant les conséquences négatives de la fusion des régions, Claude Sturni proclamait alors : « Il n’y aura pas d’économies ! ». Des déclarations prémonitoires, puisque diverses études ont en effet montré que la création du Grand Est a généré des surcoûts au lieu des économies promises.

Prévoyant avec lucidité l’échec de la fusion des régions, Claude Sturni avait même demandé à ce que soit inscrit dans les textes « la possibilité de « défusionner », de divorcer en quelque sorte, d’une très grande région Est qui va aller du Bassin parisien jusqu’aux bords du Rhin. » (voir texte en détails en fin d’article – ndlr). Cela ne l’empêche pas d’écrire aujourd’hui une lettre au président de la République pour s’opposer à toute tentative de défusion. Un retournement de veste complet parfaitement exécuté.

Au nom de « la volonté des électeurs et celle de leurs représentants », il avait également proposé en projet alternatif de créer « une collectivité unique sur le fondement des compétences exercées actuellement par la région et les deux départements ». Or, c’est précisément à ce projet que Claude Sturni s’oppose aujourd’hui.

Quand le carriérisme l’emporte sur les idées

Comment expliquer un tel retournement de veste, qui atteint le niveau des « Grands Maîtres » en la matière que sont Philippe Richert et Jean Rottner ?

Un tel renversement ferait perdre l’équilibre à un jongleur de cirque, il n’effarouche pas un politique avide de prébendes. Être maire d’une ville de 35 000 habitants, présider sa communauté d’agglomération et le PETR d’Alsace du nord (établissement public regroupant 6 intercommunalités pour gérer l’aménagement du territoire – ndlr) ne suffisant pas à remplir son agenda, Claude Sturni s’est présenté aux élections régionales sur la liste menée par Jean Rottner en 2021.

Devenu conseiller régional, le maire de Haguenau a pu gonfler sa rémunération de l’indemnité supplémentaire de 2 722,58 euros mensuel brut[1]. Notons que ce montant conséquent est directement lié à la fusion des régions, étant donné que l’indemnité croit avec la taille de la collectivité. Elle a d’ailleurs grimpé à 3 811,61 euros par mois depuis qu’il en est devenu vice-président à l’économie.

Se pourrait-il que l’argent et l’ambition finissent par faire chanceler la droiture ?


[1] Délibération N°21SP-1433 de la Région Grand Est du 23/07/2021.

De l’ombre à la lumière

S’il fait désormais régulièrement la promotion de la Région Grand Est qu’il pourfendait jusqu’alors, Claude Sturni se garde en revanche de prendre toute position publique au sujet de l’avenir de l’Alsace. Courageux, mais pas téméraire !

Afin de ne pas froisser son électorat très majoritairement favorable à la Région Alsace, son activisme pour la Région Grand Est aurait dû rester le plus discret possible. C’est pourquoi la lettre envoyée à Emmanuel Macron était destinée à rester soigneusement cachée au fond d’un tiroir dans le bureau de l’Elysée. Mais manque de bol, des journalistes malicieux ont fini par mettre la main dessus et la publier.

Suite à la révélation de cette affaire au grand jour, Claude Sturni peut-il encore longtemps feindre une forme de neutralité tout en manœuvrant sournoisement contre le projet qu’il a jadis lui-même porté ?

Best-of des interventions de Claude Sturni à l’Assemblée Nationale

Séance du 17 juillet 2014:

« Pourquoi affaiblir ces particularismes alsaciens dans une très grande région ? Je ne crois pas que la très grande région, en ce qui nous concerne, soit synonyme d’efficacité ni de rapidité de décision. »

Première séance du 18 juillet 2014:

A propos de la fusion des régions : « Il n’y aura pas d’économies ! Ma région a été mariée de force à deux autres régions ; c’est pourquoi je souhaiterais voir inscrite dans les textes la possibilité de « défusionner », de divorcer en quelque sorte, d’une très grande région Est qui va aller du Bassin parisien jusqu’aux bords du Rhin, une région plus grande que la Belgique, que le Bade-Wurtemberg ou que la Suisse. Une telle taille est-elle bien raisonnable ? Il faut absolument que nous instaurions un mécanisme pour pouvoir ressortir de cette nouvelle région. En effet, je ne crois pas que le gigantisme conduise à des économies. »

Deuxième séance du 18 juillet 2014:

« Comment voulons-nous que ces très grandes régions, pour ne pas dire monstrueuses si l’on fait les comptes, soient gouvernées ? »

Deuxième séance du 18 juillet 2014:

« On se souvient, bien sûr, cela a été évoqué tout à l’heure, de chiffres pour le moins hypothétiques, non étayés, voire totalement farfelus, concernant les économies attendues, mais on attend encore qu’on ose enfin afficher un chiffrage des coûts liés à la mise en œuvre de cette réforme.

J’ajouterai que la précipitation, l’absence de consensus et de concertation constituent un réel déni de démocratie. Cela est intolérable. Nul besoin d’être devin pour imaginer qu’une telle décrédibilisation, combinée, dans bon nombre des territoires, à la frustration et l’incompréhension de nos concitoyens devant cette réforme, est de nature à faire progresser les votes extrémistes lors des prochains scrutins.

Ainsi, en Alsace, non seulement la volonté des électeurs et celle de leurs représentants se sont clairement manifestées contre votre réforme …/…, nous voulons simplifier les institutions locales en créant une collectivité unique sur le fondement des compétences exercées actuellement par la région et les deux départements, collectivité qui serait bien entendu prête à aborder avec confiance le prochain texte relatif aux compétences.

En conclusion, l’efficacité de l’action réformatrice, condition pour assurer la nécessaire dynamique d’investissement et d’action en faveur de l’emploi et de la croissance, mais aussi l’écoute de nos concitoyens comme le respect des élus plaident en faveur d’une révision de cette carte incomprise et dangereuse à plus d’un titre. »

Deuxième séance du 19 novembre 2014 :

« Monsieur le ministre, comme vous le savez, nous sommes prêts à réformer, nous sommes prêts à innover, nous sommes prêts à oser un projet ambitieux, en réduisant d’un niveau le mille-feuilles institutionnel.

Comme mes collègues alsaciens sur ces bancs, je ne peux donc que vous inciter à nous donner droit à cette expérimentation : c’est le sens de cet amendement. »

Première séance du 20 novembre 2014:

Ministre de l’Intérieur Bernard Caseneuve : « Je voudrais que l’on prévoie, si ce n’est immédiatement, du moins assez rapidement, de créer un droit à construire une nouvelle maison, au cas où une union forcée n’aurait pas produit de fruits. Concevons le droit d’option aussi comme une manière de donner à des départements qui ne se retrouveraient pas dans la région qui leur est imposée, mais qui n’auraient pas, comme dans le cas alsacien, la possibilité d’opter pour une autre, de reconstituer une région. »

Claude Sturni : « Les Alsaciens sont donc bien les dindons de la farce ! »

La lettre envoyée par les maires à Emmanuel Macron:

lettre à Macron avec 7 maires alsaciens page 1
lettre à Macron avec 7 maires alsaciens page 2
lettre à Macron avec 7 maires alsaciens page 3

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