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Le fiasco de la fusion des régions confirmé par une étude scientifique

Gwénaël Doré, chercheur au laboratoire SADAPT (Université Paris Saclay, INRAE et AgroParisTech), a étudié les conséquences de la fusion des Régions. Menée en collaboration avec d’autres chercheurs, l’étude intitulée Les Nouvelles Régions françaises. Un projet réfléchi ? Des résultats probants ou non ? vient d’être publiée dans la revue « Les Analyses de Population & Avenir », numéro 32, pages 1 à 28 (payante à moins de disposer d’un accès universitaire).

La première partie s’interroge sur l’invention des vastes régions, avec la conclusion que l’effet de taille relève du mythe. Les arguments invoqués pour fusionner les régions ne tiennent pas la route, et l’Etat n’a pas mené d’étude d’impact pour savoir quelles seraient les conséquences des fusions. Ce constat n’est pas vraiment une surprise, puisqu’il est unanimement reconnu de nos jours.

La deuxième partie s’intéresse aux conséquences actuelles des fusions. Une nouvelle fois, le constat de l’absence d’économies (et pire encore de surcouts) ne surprendra personne tant il a été largement commenté ailleurs déjà. Mais l’étude se prolonge également sur les conséquences en termes d’organisation et d’efficacité, non seulement pour les collectivités régionales mais aussi pour les services de l’Etat organisés désormais à l’échelle des immenses régions. Elle révèle notamment l’effarante complexité engendrée par les fusions, avec des services éclatés entre plusieurs grandes villes.

Sur le plan économique, le bilan n’est pas très flatteur. Après avoir pointé l’incohérence des périmètres sur ce plan, la conclusion est que « les régions fusionnées se sont révélées moins attractives que les autres ». Cela est d’ailleurs confirmé par une autre étude qui vient également de paraitre : « la fusion des régions, au moins durant les quatre années après sa mise en œuvre, n’a apporté aucune plus-value en termes de création d’emplois, et encore moins en termes de développement des départements périphériques des régions fusionnées ».

Les résultats calamiteux de la réforme régionale de 2015 sont valables pour l’ensemble des régions fusionnées, y compris la région Grand Est qui constitue un exemple de choix pour illustrer les ratés.

Maintenant qu’un consensus semble se dégager sur les défaillances de l’organisation territoriale en France, il reste encore à mettre en place un projet de réforme pour y remédier. Espérons que les dirigeants politiques, plutôt que de suivre aveuglement des idéologies fausses comme le « Big is beautiful », sauront à l’avenir s’appuyer sur la richesse des travaux scientifiques pour enfin réussir la décentralisation dont la France a besoin. Cela passera obligatoirement par une révision des périmètres régionaux afin de leur rendre leur cohérence historique, économique et sociale. Le respect de ces conditions est indispensable pour garantir l’efficacité des politiques publiques.

Jean-Philippe Atzenhoffer, juin 2021
Docteur en sciences économiques, enseignant, auteur du livre
Le Grand Est, une aberration économique (2021)

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