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Lycée professionnel de Pulversheim, un cas d’école

Stupeur après la décision brutale de la région Grand Est de fermer d’ici 2025 le lycée professionnel de Pulversheim. Jean-Philippe Atzenhoffer nous montre en quoi cette décision est emblématique de la mauvaise gestion dans une méga-région.

Rappelons d’abord les faits. Le Lycée des Métiers Charles de Gaulle, nom officiel du lycée professionnel de Pulversheim, est situé dans l’ancien Bassin Potassique en banlieue de Mulhouse. Il est reconnu pour ses formations allant jusqu’au BTS dans les domaines de la chaudronnerie, de l’électrotechnique et de la sécurité. Tous sont des secteurs dits « en tension » actuellement, càd où les employeurs peinent à recruter des jeunes. Ce lycée professionnel de Pulversheim, qui compte près de 330 élèves, a donc toute sa place dans l’offre de l’Education nationale, pourquoi le fermer ?

Jean Rottner, président de la région Grand Est, a justifié cette fermeture pour réaliser des économies d’énergie car ce lycée professionnel de Pulversheim serait une « passoire énergétique ». Oui, mais justement, la région a déjà engagé un million d’euros pour la rénovation énergétique du lycée… Autre argument avancé par Jean Rottner : un taux d’occupation faible, seules 42% des surfaces seraient utilisées. Faux répondent les intéressés, si on ne compte pas les surfaces du bâtiment en rénovation, et donc inoccupé, le taux d’occupation serait de 92% !

lycée professionnel de Pulversheim
Le lycée professionnel de Pulversheim -photo: site web du lycée

Une décision prise sans concertation et sans logique

Enseignants et élèves ont manifesté encore ce samedi 19 novembre 2022 à Mulhouse contre ce projet, avec le soutien de la mairie de Pulversheim mais aussi de forces politiques comme Unser Land. Jean-Philippe Atzenhoffer, professeur d’économie et auteur du livre Le Grand Est, une aberration économique pointe de son côté la mauvaise gouvernance à l’origine de cette décision :

« L’annonce par la Région Grand Est de fermer ce lycée professionnel de Pulversheim a suscité de très nombreuses réactions, essentiellement d’hostilité. Au-delà du fond, cette affaire suscite un certain nombre de questions au vu des méthodes employées:

D’abord le manque de concertation: les acteurs concernés par la fermeture sont sidérés par une annonce qu’ils apprennent par voie de presse. Pourtant, avant de prendre une telle décision, ne serait-il pas nécessaire de les associer à la réflexion, où à tout le moins les consulter afin qu’ils puissent avancer leurs arguments contre la fermeture. La décision ne devrait-elle pas être prise après avoir pris connaissance des différents arguments ? Car en imposant une décision sans concertation, la Région déclenche inévitablement une situation de crise.

Ensuite, selon certaines analyses, la décision de fermer ce lycée professionnel de Pulversheim s’inscrirait dans une logique de fermer une dizaine d’établissements dans toute la grande région (soit un par département environ). Si c’est vrai, est-il vraiment logique d’appliquer une telle uniformisation alors que la dynamique démographique est si différente d’une région à l’autre ? La décision de fermer ou non doit se faire en fonction de la situation locale. Elle ne doit pas être biaisée pour des raisons politiques par rapport à ce qu’on fait ailleurs. Le fait d’intégrer des régions aussi différentes que l’Alsace, la Lorraine et la Champagne dans un ensemble unique génère ainsi des politiques inadaptés à la réalité de chacune d’entre elle (un problème rencontré dans de nombreux domaines).

Cette affaire semble donc être une illustration du « jacobinisme régional », relais du jacobinisme national. En éloignant la décision du terrain, l’élargissement des périmètres régionaux constitue une puissante force recentralisatrice. Un comble dans un pays qui souffrait déjà pourtant d’une centralisation excessive.

Dernière remarque, j’entends parfois – de moins en moins cependant – des gens dire que la fusion est une réforme administrative qui ne change rien à la vie quotidienne. Or, selon Bernard Stoessel qui a bien connu ce dossier du temps de la Région Alsace, cette dernière avait décidé de poursuivre le développement de ce lycée. Une telle fermeture aurait donc été inconcevable si l’Alsace était restée une région. Il s’agit donc bien d’une conséquence très concrète de la réforme de Hollande-Valls de 2015. »

Jean-Philippe Atzenhoffzer, article actualisé et réédité par Alsace.news, 19 novembre 2022
Jean-Philippe Atzenhoffzer
est Docteur en sciences économiques, enseignant, auteur du livre Le Grand Est, une aberration économique (2021)

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